La mobilité électrique ne serait-elle pas, pour le Cameroun, davantage une opportunité économique qu’un simple enjeu environnemental ? C’est la conviction défendue par Alain Guy Etoundi Esomba, directeur général de Spiro Cameroun, alors que l’entreprise accélère le déploiement de ses motos électriques et de son infrastructure d’échange de batteries.
Lancée sur le marché camerounais en 2025, Spiro a franchi une première étape industrielle avec la mise en service, en juin 2026, de son unité d’assemblage de Ndogsimbi, à Douala. L’entreprise affirme avoir déjà produit plus de 1000 motos électriques, dont plus de 500 seraient actuellement en circulation dans la capitale économique.
Mais au-delà des volumes, le dirigeant défend une thèse plus large : le Cameroun a les ressources énergétiques, le marché et les usages nécessaires pour accélérer l’adoption de la mobilité électrique.
Quatre arguments pour passer à l’électrique
La première carte avancée par Alain Guy Etoundi Esomba est celle de l’énergie. Le Cameroun dispose d’un potentiel hydroélectrique important, auquel s’ajoute un potentiel solaire réparti sur une grande partie du territoire. Pour le dirigeant, cette disponibilité constitue un avantage stratégique dans la perspective d’une électrification progressive des transports.
L’enjeu est de substituer, au moins en partie, une énergie produite localement à des carburants fossiles importés : « Utiliser cette électricité locale et renouvelable pour alimenter nos transports au lieu d’importer du carburant fossile cher est une équation économique et environnementale imbattable », estime-t-il.
Un argument de coût avant d’être écologique
Dans un secteur où les dépenses quotidiennes de carburant pèsent directement sur les revenus des conducteurs, particulièrement ceux qui utilisent les deux-roues à des fins professionnelles, la question du coût d’exploitation est centrale.
Selon les données communiquées par Spiro, parcourir 100 kilomètres avec une moto électrique reviendrait à environ 1 200 FCFA, contre 1 780 à 2 100 FCFA avec une moto à essence, selon les conditions retenues dans ses comparatifs.
L’entreprise estime ainsi que le passage à l’électrique peut permettre aux conducteurs de réduire leurs dépenses opérationnelles : « Le secteur des transports — notamment les deux roues — est le poumon de nos villes. Face à la hausse des coûts du carburant, le passage à l’électrique permet aux conducteurs de réduire leurs dépenses opérationnelles de 20 à 30 %. Pour eux, ce n’est pas un luxe écologique, c’est un gain immédiat de pouvoir d’achat ».
Une approche qui vise notamment les conducteurs professionnels, pour lesquels le coût de l’énergie constitue une composante directe de la rentabilité.

Un marché propice au « leapfrogging » ?
Le développement de la mobilité électrique intervient par ailleurs dans un environnement où l’adoption technologique peut être rapide. Le Cameroun a connu, au cours des dernières décennies, une diffusion massive de la téléphonie mobile et, plus récemment, des services financiers numériques, sans passer par certaines étapes observées dans les marchés plus anciens.
Cette capacité d’adoption constitue un facteur potentiel pour la mobilité électrique. Dans les métropoles comme Douala et Yaoundé, où les besoins de déplacement sont importants, l’enjeu sera toutefois de faire correspondre les performances des véhicules aux usages réels : autonomie, disponibilité des batteries, temps d’attente, prix et couverture géographique.
Et c’est précisément sur ce terrain que Spiro concentre une partie de ses investissements.
Le battery swapping pour contourner le problème de la recharge
L’un des principaux obstacles à l’adoption des véhicules électriques reste le temps nécessaire pour recharger les batteries. Spiro a choisi de répondre à cette contrainte par le battery swapping, ou échange de batteries.
Le principe est simple : plutôt que d’immobiliser la moto pendant plusieurs heures, le conducteur se rend dans une station, retire sa batterie déchargée et la remplace par une batterie chargée.
Selon l’entreprise, l’opération peut être réalisée en moins de deux minutes. À Douala, 21 stations d’échange de batteries sont actuellement opérationnelles. Spiro annonce par ailleurs 18 nouvelles stations, dont 10 supplémentaires à Douala et 8 à Yaoundé.
Le développement de ce réseau constitue un enjeu central : plus la flotte électrique augmente, plus la disponibilité des batteries chargées et la densité des stations deviennent déterminantes pour assurer la continuité du service.
De Douala à un réseau national
Après une première phase concentrée sur Douala, Spiro prépare désormais un changement d’échelle. L’entreprise vise 20 000 motos électriques en circulation au Cameroun dans les douze prochains mois, avec une extension de ses activités vers les régions du Centre et de l’Ouest.
Le réseau devrait parallèlement atteindre 300 stations opérationnelles, tandis que Spiro annonce un objectif d’au moins 1 200 emplois directs.
Ces objectifs interviennent après une première phase d’implantation qui a également permis à l’entreprise de constituer une équipe locale de près de 200 collaborateurs, dont 60 jeunes diplômés camerounais recrutés directement pour les activités de l’usine de Ndogsimbi.
Le développement de cette capacité d’assemblage locale constitue un autre volet du projet. La mobilité électrique ne se limite plus à l’importation de véhicules : elle commence à intégrer au Cameroun des activités d’assemblage, de maintenance, de distribution et de gestion des infrastructures énergétiques.

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Le Cameroun ne va pas simplement s’adapter à la mobilité électrique ; il a l’écosystème, l’énergie et la jeunesse nécessaires pour en devenir l’un des pionniers en Afrique centrale
Un homme venu des télécoms, formé aux marchés difficiles
À la tête de Spiro Cameroun depuis octobre 2025, Alain Guy Etoundi Esomba a accompagné la mise en place de l’activité locale alors que l’entreprise ne disposait encore d’aucune structure opérationnelle au Cameroun.
Son parcours s’est jusque-là construit principalement dans les infrastructures et les télécommunications. Il s’est forgé une expertise sur des projets exigeants : déploiement de réseaux 4G en zones rurales enclavées, construction de centres de données, modernisation de réseaux dans des marchés encore peu structurés.
Son entrée dans la mobilité électrique s’est faite par étapes : en 2025, il prend la tête du département énergie du groupe Spiro pour le cluster Afrique de l’Ouest, avant d’être nommé, six mois plus tard, Directeur Général de Spiro Cameroun.
Un pari sur un secteur naissant, dans un pays où le deux-roues électrique restait, jusque-là, une curiosité plus qu’une réalité commerciale.
Pour Alain Guy Etoundi Esomba, les conditions sont réunies pour que le Cameroun ne soit pas uniquement un marché d’adoption de la mobilité électrique, mais puisse également devenir un terrain d’expérimentation et de développement industriel en Afrique centrale : « le Cameroun ne va pas simplement s’adapter à la mobilité électrique ; il a l’écosystème, l’énergie et la jeunesse nécessaires pour en devenir l’un des pionniers en Afrique centrale. »
Reste désormais à transformer cette conviction en réalité industrielle : des milliers de véhicules, un réseau énergétique suffisamment dense et un modèle économique capable de tenir ses promesses sur la durée.