Déformations des membres, troubles de la marche, pathologies de la hanche ou du genou : certaines affections orthopédiques peuvent lourdement affecter la mobilité et le développement, particulièrement lorsqu’elles sont prises en charge tardivement.
C’est précisément le champ d’expertise du Pr Mehmet Salih SÖYLEMEZ, médecin orthopédiste spécialisé en pédiatrie à l’hôpital Acibadem en Turquie. Il intervient notamment dans la prise en charge des déformations complexes et la reconstruction des membres, à l’aide de techniques conventionnelles et de technologies spécialisées.
Récemment au Cameroun dans le cadre d’une campagne de santé du ministère de la Santé publique, le praticien a pu examiner des patients et observer certaines réalités locales, notamment des déformations avancées liées à différentes causes : malformations congénitales, traumatismes, infections antérieures ou problèmes neurologiques. Nos confrères du journal Infos+ Santé ont pu lui poser quelques questions
Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous parler de votre domaine d’expertise ?
Je suis spécialisé dans la prise en charge des déformations complexes et des pathologies qui affectent le travail et le développement physique des enfants.
Je suis également spécialisé dans la reconstruction des membres et la correction des déformations, en utilisant à la fois des techniques traditionnelles et des techniques sophistiquées, notamment les clous intramédullaires magnétiques et les systèmes hexapodes avancés assistés par ordinateur.
Quels sont les problèmes orthopédiques les plus fréquents que vous rencontrez ?
Nous rencontrons couramment des pathologies telles que le pied bot congénital, la dysplasie développementale de la hanche, les jambes arquées, les jambes en « X », les inégalités de longueur des membres, les scolioses, les déformations et les troubles neurologiques, ainsi que les anomalies de la marche.
Cependant, lors de mes examens au Cameroun, j’ai également rencontré des enfants présentant des déformations avancées et négligées, ainsi que des problèmes consécutifs à des infections antérieures, à des traumatismes, à des problèmes neurologiques ou à des malformations congénitales.
Les parents doivent observer la manière dont leurs enfants marchent et connaître les signes d’alerte. Il peut notamment s’agir d’une boiterie persistante, de chutes fréquentes, d’une jambe plus courte que l’autre, d’une asymétrie des épaules ou du bassin, mais aussi de douleurs, d’un gonflement, d’une limitation des mouvements, d’une déviation ou d’une déformation qui s’aggrave progressivement.
Ces situations doivent également être évaluées par un spécialiste.
Les douleurs lombaires, articulaires et les troubles musculo-squelettiques sont de plus en plus fréquents. Pourquoi et quand faut-il consulter ?
Oui, les douleurs lombaires sont extrêmement fréquentes, particulièrement chez les adultes. Les principales causes sont généralement le surpoids, les travaux physiques lourds et le manque d’exercice.
Il faut également rappeler que les douleurs lombaires constituent l’un des problèmes les plus fréquemment rencontrés chez l’adulte.
Dans la majorité des cas, il s’agit simplement de douleurs musculaires spasmodiques. Mais dans certains cas, elles peuvent être liées à une hernie discale lombaire, une dégénérescence discale lombaire, une spondylolisthésis ou une spondylolyse.
Le diagnostic doit être établi après une consultation avec un spécialiste. Il faut notamment consulter lorsque la douleur descend dans les jambes, lorsqu’on ressent des engourdissements ou une faiblesse des jambes.
Dans les autres cas, avant de consulter un spécialiste, on peut pratiquer des exercices et utiliser de simples antalgiques pour soulager les douleurs lombaires.
Chez les jeunes adultes qui pratiquent régulièrement le sport, la spondylolyse constitue également un problème relativement fréquent.
Si un adulte souffre de douleurs lombaires pendant plus de trois semaines et que celles-ci sont déclenchées ou aggravées par le travail ou l’activité physique, une évaluation spécialisée doit être réalisée.

Les blessures sportives sont fréquentes chez les jeunes. Lesquelles voyez-vous le plus et que faire immédiatement après une blessure ?
C’est une excellente question. Les jeunes adultes et les sportifs doivent d’abord apprendre à pratiquer correctement les exercices, car le manque de connaissances sur la manière de réaliser les mouvements constitue l’une des principales causes des blessures sportives.
Ils doivent notamment commencer par des exercices cardiovasculaires, des étirements et un travail d’endurance avant de pratiquer leur sport. S’ils le font correctement, le nombre de blessures sportives diminuera.
Le type de blessure dépend également du sport pratiqué. Par exemple, dans des sports comme le handball ou le basketball, les blessures touchent fréquemment l’épaule.
En revanche, dans le football, les blessures concernent davantage le genou, notamment les lésions méniscales, les lésions du ligament croisé antérieur (LCA) et certaines blessures de la cheville.
La première chose à faire en cas de blessure est d’appliquer le protocole PRICE : protéger la zone blessée, exercer une pression ou une compression, appliquer de la glace, surélever le membre et stabiliser la zone concernée avant de conduire la personne à l’hôpital.
Il ne faut surtout pas essayer de remettre soi-même un os en place ou de traiter la blessure. Il faut simplement appliquer de la glace, laisser le membre au repos et le stabiliser.
Les problèmes de genou et de hanche affectent la mobilité. Quelles sont les options de traitement et quand la chirurgie est-elle recommandée ?
Cela dépend encore une fois du patient. S’il s’agit d’un sportif ou d’une sportive ayant subi un traumatisme, il faut procéder à un examen clinique approfondi et réaliser, si nécessaire, des radiographies, un scanner ou une IRM afin de déterminer s’il existe une lésion dégénérative, musculaire ou ligamentaire.
Chez un jeune patient présentant par exemple une lésion du ménisque ou du ligament croisé antérieur, nous pouvons réaliser une chirurgie arthroscopique pour réparer le ménisque et reconstruire le LCA.
Chez une personne plus âgée qui souffre de douleurs persistantes et dont les radiographies ou les examens montrent une dégénérescence du genou ou de la hanche, nous évaluons le degré de cette dégénérescence.
Pour une arthrose de grade 1 ou 2, nous commençons généralement par un traitement conservateur : attelle, renforcement et étirement musculaires, exercices, antalgiques, anti-inflammatoires, repos et perte de poids.
Pour une arthrose de grade 3 ou 4 de la hanche ou du genou, la prise en charge dépend notamment de l’intensité de la douleur et de son impact sur la vie quotidienne.
Nous pouvons proposer des injections intra-articulaires contenant des corticostéroïdes, de l’acide hyaluronique ou un anesthésique local. Il s’agit cependant de traitements palliatifs qui peuvent soulager la douleur pendant environ six mois à un an.
Si le patient continue à ressentir des douleurs malgré ces injections, le traitement définitif peut malheureusement être chirurgical, avec notamment une prothèse totale du genou ou de la hanche.
Pourquoi le froid augmente les douleurs ? Est-ce que le climat a un impact sur les problèmes liés aux os ?
Principalement ici au Cameroun. C’est une situation assez complexe, particulièrement ici au Cameroun. J’ai entendu de nombreux patients évoquer ce problème. Certaines pathologies infectieuses ou antécédents de maladies peuvent également être associés à des problèmes articulaires.
Même lorsque ces patients ne présentent pas de symptômes particuliers liés à une ancienne affection, ils peuvent ressentir davantage de douleurs articulaires lorsque le temps devient froid.
Il existe également des problèmes rhumatologiques, comme la polyarthrite rhumatoïde. Chez une personne qui présente une pathologie antérieure ou un problème rhumatologique, le froid peut être associé à une augmentation des douleurs articulaires.
Dans ce cas, il est recommandé de consulter un spécialiste en médecine interne ou en rhumatologie afin de déterminer s’il existe effectivement une maladie rhumatologique.
Beaucoup de gens ont peur de la chirurgie orthopédique et pensent que c’est le dernier recours. Que répondez-vous ?
Dans certains cas, cette perception est effectivement juste. Dans d’autres, elle ne l’est pas. Chez certains patients souffrant d’arthrose ou de dégénérescence des genoux et des hanches, il peut être préférable de repousser la chirurgie.
Par exemple, nous ne souhaitons pas nécessairement poser une prothèse totale à une personne de 25 ans, car une prothèse peut avoir une durée de vie d’environ 20 à 25 ans et nécessiter ensuite un remplacement. C’est pourquoi, dans certains cas, il est préférable de retarder la chirurgie.
Mais chez les enfants, la situation est différente. Les enfants sont encore en croissance et leurs cartilages de croissance sont actifs. Lorsqu’un enfant présente une dysplasie de la hanche, un pied bot congénital, un arrêt de croissance ou une déformation, celle-ci peut s’aggraver avec le temps.
Si le problème est détecté suffisamment tôt, nous avons davantage de chances de le traiter avec des méthodes relativement simples, comme la kinésithérapie, le plâtre, les attelles ou de petites interventions chirurgicales, notamment la chirurgie de croissance guidée.

Qu’est-ce qui distingue l’approche d’Acibadem en orthopédie ?
Les pathologies complexes chez l’adulte et chez l’enfant sont évaluées individuellement. Chaque patient est différent et doit être pris en charge selon ses besoins.
Nous adoptons une approche multidisciplinaire. Selon les besoins de l’enfant ou de l’adulte, le chirurgien orthopédiste peut travailler avec des spécialistes en médecine interne, des anesthésistes, des radiologues, des kinésithérapeutes, des spécialistes de la réadaptation, des infectiologues, des neurologues et d’autres spécialistes concernés.
Nous pouvons utiliser l’imagerie avancée, l’analyse détaillée des déformations assistée par ordinateur, des implants modernes comme les clous magnétiques et des systèmes hexapodes assistés par ordinateur.
Ces technologies nous permettent de corriger des déformations complexes à plusieurs niveaux avec un degré élevé de précision.
Nous utilisons uniquement des implants médicaux approuvés par la FDA. Nous n’utilisons pas d’implants de qualité inférieure ou qui ne sont pas approuvés.
Cependant, je dois préciser qu’une technologie avancée ne suffit pas à elle seule. Le plus important est de choisir le traitement approprié pour le patient approprié.
Notre objectif est de proposer un plan personnalisé, sûr, réaliste et axé sur la récupération de la fonction, et pas uniquement sur la correction de l’apparence du membre.
” Mon principal conseil est de ne pas ignorer un problème, mais également de ne pas essayer de le traiter soi-même “
Quel conseil donneriez-vous aux populations du Cameroun pour protéger leurs os et articulations ?
Mon principal conseil est de ne pas ignorer un problème, mais également de ne pas essayer de le traiter soi-même.
Si les parents remarquent un problème chez leur enfant — par exemple une boiterie persistante, une jambe plus courte que l’autre, une asymétrie des épaules ou du bassin, une déformation ou une marche avec les pieds orientés vers l’intérieur ou l’extérieur — ils doivent consulter un spécialiste le plus rapidement possible.
Consulter un spécialiste ne signifie pas nécessairement que l’enfant devra subir une intervention chirurgicale. Un diagnostic précoce permet simplement de traiter le problème plus facilement et, dans de nombreux cas, sans chirurgie.
Un autre point important est que les familles ne doivent pas appliquer de traitements traditionnels non éprouvés sur elles-mêmes ou sur leurs enfants. Ces traitements peuvent aggraver la situation ou retarder la mise en place d’un traitement approprié.
Deux maux sont communs et ignorés par les camerounais à savoir les pieds x et le problème des pieds plats qui sont presque bossus et ressortent sur les côtés. Qu’est-ce que vous pouvez dire aux camerounais à ce sujet ?
Oui. Ce que vous décrivez correspond aux jambes arquées, également appelées genu varum.
Cette déformation peut avoir différentes causes. La première peut être nutritionnelle, notamment en raison de carences telles qu’une carence en vitamine D pouvant entraîner le rachitisme. Il existe également des causes congénitales ou liées aux cartilages de croissance.
La prise en charge dépend de la gravité de la déformation. Elle peut être réalisée par une intervention utilisant des plaques ou des clous intramédullaires, ou encore grâce à des systèmes assistés par ordinateur, notamment des systèmes hexapodes.
Les familles qui ont besoin de ce type de prise en charge peuvent se rendre à l’hôpital mentionné par le médecin, où des consultations gratuites sont proposées.
Pour sortir, que diriez-vous aux patients qui vivent avec une douleur chronique ou un problème de mobilité ?
Je voudrais leur dire de ne pas hésiter à consulter un spécialiste. Comme je l’ai déjà expliqué, une consultation ne signifie pas nécessairement que nous allons opérer le patient. Elle nous permet avant tout de comprendre la véritable cause de son problème. La règle principale est donc de ne pas ignorer le problème et de consulter un spécialiste.
N’attendez pas trop longtemps. Si vous avez un problème, n’essayez pas de le résoudre avec des traitements traditionnels non éprouvés. Consultez un spécialiste le plus rapidement possible.