Vingt ans de carrière dans l’automobile à l’échelle régionale, des marques mondiales installées de ses mains au Cameroun, et pourtant : Sabin BETEBE a tout remis en jeu pour lancer sa propre concession. Rencontre avec un entrepreneur qui mise sur la professionnalisation du secteur, la confiance du client et l’ambition panafricaine.
Votre CV est impressionnant — dix-huit ans dans l’automobile, une carrière régionale solide. On aurait pu vous imaginer finir au sommet d’un grand groupe. Qu’est-ce qui vous a poussé à tout laisser pour lancer B2B’s Automobile ?
Il y a des moments dans une carrière où continuer à construire pour autrui devient une forme de renoncement à soi-même. J’ai atteint ce moment. Après deux décennies passées à structurer et développer des opérations automobiles à l’échelle régionale (après une belle induction dans le Oil & Gas), j’ai compris que ma vraie mission n’était pas d’être un excellent exécutant, c’était de bâtir une institution. Une institution camerounaise, ancrée dans les réalités africaines, capable de durer au-delà de moi. Le marché offrait une fenêtre d’opportunité réelle : des besoins immenses, une demande solvable, mais une offre insuffisamment structurée. B2B’s Automobile est ma réponse à ce vide. Pas une aventure entrepreneuriale de plus, un projet de vie.
Pourquoi avoir misé sur le Cameroun, un marché réputé difficile ? Sur quels leviers comptez-vous vous démarquer concrètement ?
Les marchés faciles attirent tout le monde. Les marchés difficiles récompensent ceux qui savent y créer de la valeur. Le Cameroun présente un paradoxe frappant : une classe entrepreneuriale dynamique, une demande automobile réelle et croissante, mais un fossé persistant entre les prix pratiqués et les capacités réelles des clients. Un SUV familial a vu son prix quasiment doubler en dix ans ; c’est un signal d’alarme pour le secteur, et une opportunité pour quiconque propose une alternative crédible.
Notre différenciation repose sur trois axes non négociables : l’accessibilité financière, la fiabilité des produits, et une relation client fondée sur la transparence et l’intégrité. Nous ne promettons pas l’excellence, nous la mettons en œuvre, quotidiennement.
Depuis le lancement, quels sont les premiers résultats et les premières leçons ? Avec votre expérience, est-on vraiment à l’abri des mauvaises surprises ?
Non, et prétendre le contraire serait de l’arrogance. L’expérience ne vous immunise pas contre les imprévus ; elle vous donne les outils pour les traverser sans trahir vos engagements. Nous avons connu des tensions de trésorerie, des retards de livraison. Ces épreuves sont inhérentes à toute création d’entreprise sérieuse. Ce qui m’a frappé, c’est la résilience de la confiance que nos premiers clients nous ont accordée, souvent avant même que notre dispositif soit pleinement opérationnel.
Cette confiance-là, elle n’a pas de prix, surtout dans une phase où nous n’avons même pas encore officiellement lancé nos activités ; nous en avons donc hâte et ce sera l’occasion de les remercier. Et elle crée une obligation morale que nous honorons chaque jour. La première leçon de B2B’s Automobile : la réputation se construit dans l’adversité, pas dans le confort.
L’accès au financement reste l’un des freins majeurs à l’achat de véhicules neufs au Cameroun. Quelle réponse concrète B2B’s Automobile apporte à ce problème ? Travaillez-vous avec des banques ou des mécanismes de crédit adaptés ?
C’est, à mon sens, le verrou stratégique du marché automobile camerounais. Un client qui dispose des revenus pour rembourser un véhicule, mais qui ne peut pas mobiliser immédiatement un apport conséquent, est un client que le secteur perd inutilement. Nous travaillons activement à la conclusion de partenariats avec des établissements financiers locaux pour proposer des mécanismes de crédit adaptés, à la fois aux ménages et aux entreprises.
L’objectif est de transformer l’accès au véhicule neuf d’un privilège en une décision financièrement planifiable. Ce chantier est prioritaire. Les annonces sont imminentes.
Chaque client vit une expérience structurée et mémorable avant, pendant, et après l’achat ; avec une garantie standard de 5 ans ou 100 000 km sur l’ensemble de notre gamme. Ce n’est pas un argument commercial. C’est notre contrat de confiance
L’expérience client est devenue l’argument de tout le monde dans le secteur. Chez B2B’s Automobile, ça ressemble à quoi dans la réalité du quotidien ?
Tout le monde parle d’expérience client. Peu en font une architecture opérationnelle. Chez B2B’s Automobile, nous avons structuré notre modèle autour des 4S : Sales (vente), Service (maintenance), Spare Parts (pièces de rechange), et Survey ; ce quatrième pilier étant celui qui nous distingue véritablement. L’avis du client n’est pas un indicateur de satisfaction parmi d’autres : c’est un outil de pilotage intégré à notre processus d’amélioration continue.
Concrètement, chaque client vit une expérience structurée et mémorable avant, pendant, et après l’achat ; avec une garantie standard de 5 ans ou 100 000 km sur l’ensemble de notre gamme. Ce n’est pas un argument commercial. C’est notre contrat de confiance.

Vous avez contribué à installer Ford et Hyundai au Cameroun. Aujourd’hui, le marché est submergé par les marques chinoises. Comment expliquez-vous cette percée — c’est uniquement une question de prix ?
Je suis fier du travail accompli sur Ford et Hyundai au Cameroun, et je veux saisir cette occasion pour remercier sincèrement toutes mes anciennes équipes qui y ont contribué. Ce que nous avons accompli n’était pas gagné d’avance, et c’est grâce à leur engagement collectif que nous avons pu livrer des résultats dont je suis encore fier aujourd’hui.
C’est d’ailleurs la qualité de ce travail qui m’a valu d’être expatrié pour une mission d’une tout autre envergure : ouvrir et développer le cluster Ford sur 19 pays d’Afrique puis BMW sur 11 pays ; une responsabilité continentale pilotée et assumée pendant 4 belles années depuis la Côte d’Ivoire, très souvent entre deux avions, avec une exigence permanente.
Par la suite, au sein d’un groupe distribuant BAIC, Jetour, Chery et Foton dans six pays (Côte d’Ivoire, Congo, Gabon, Bénin, Togo et RDC) et dont j’avais la charge de la relation avec les constructeurs automobile et de l’animation et le développement du réseau des filiales, j’ai pris le temps, délibérément, d’observer, de comparer et d’analyser le comportement réel de chaque marque sur le terrain : fiabilité sur nos routes, robustesse du service après-vente, satisfaction concrète des conducteurs africains. Ce n’était pas une étude de marché. C’était une immersion totale, sur plusieurs années, dans plusieurs pays. Et c’est cette expérience accumulée qui a guidé mes choix pour B2B’s Automobile.
Au moment de créer B2B’s Automobile et de choisir mes marques, je n’ai pas consulté un catalogue, j’ai convoqué vingt ans d’expérience terrain et mon verdict a été clair : BAIC et Chery Commercial sont les marques qui m’ont apporté le plus de satisfaction en fiabilité, en SAV, en expérience de conduite. Ce choix est le mien, entier et assumé. Et ce n’est qu’un début : d’autres marques rejoindront prochainement notre bouquet.
Sur le fond, la percée des marques chinoises ne s’explique pas uniquement par les prix ; c’est une lecture trop superficielle. Elle s’explique par une montée en gamme spectaculaire, adossée à des décennies d’investissements industriels sérieux. BAIC, fondé en 1958, est une filiale du Groupe Beijing Automobile International, un leader d’État dont Mercedes-Benz est actionnaire stratégique.
BAIC est lui-même le premier actionnaire individuel de Mercedes-Benz AG, avec près de 10 % du capital, et les deux groupes partagent une coentreprise industrielle commune. Depuis 1983, BAIC a forgé son ADN tout-terrain en partenariat avec Jeep, héritage visible aujourd’hui dans le BJ40, le BJ60 et le BJ80.
Chery Group, fondé en 1997, s’est imposé en quelques décennies comme l’un des constructeurs chinois les plus exportés au monde, avec une réputation solide sur les marchés émergents. Notre gamme RELY, issue du groupe Chery, est précisément conçue pour les exigences professionnelles africaines. Le prix est la porte d’entrée. La qualité vérifiée, vécue, comparée est la raison de rester.
Il y a quelques années, acheter chinois était presque mal vu. Aujourd’hui, c’est devenu banal. Le consommateur camerounais a changé — ou il s’est simplement résigné face aux prix ?
Il a été convaincu par les faits et c’est fondamentalement différent de la résignation. Le consommateur camerounais est pragmatique et exigeant. Il ne fait pas de cadeaux à une marque parce qu’elle est accessible. Il l’adopte parce qu’elle tient ses promesses : fiabilité, adaptation aux conditions locales, rapport qualité-prix cohérent.
Les marques chinoises ont fourni cette preuve sur le terrain, année après année. La méfiance initiale était légitime car elle était fondée sur des expériences réelles de mauvaise qualité ; j’en sais quelque chose car j’en ai lancé en 2009 quand j’étais encore à Yaoundé et nous avions connu pas mal de revers et c’est ce qui avait conduit à l’arrêt de toutes les marques chinoises (en véhicules de tourisme) d’antan.
Mais le marché est honnête : quand l’offre évolue, le jugement évolue ; et c’est ce qui s’est passé. C’est précisément ce cycle vertueux que nous amplifions chez B2B’s Automobile en apportant le niveau de service et d’accompagnement que ces produits méritaient depuis longtemps.
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Les doutes sur la qualité et la durabilité des véhicules chinois ne sont pas encore totalement dissipés. Que dites-vous concrètement à un client qui hésite ?
Je lui dis d’abord que son scepticisme est sain et qu’il est notre meilleur allié. Un client qui questionne est un client que l’on peut convaincre durablement. Je lui présente ensuite trois réalités concrètes.
- Premièrement, les chiffres : plusieurs constructeurs chinois figurent aujourd’hui parmi les leaders mondiaux de l’innovation technologique automobile, notamment dans l’électrique et les systèmes embarqués ;
- Deuxièmement, notre engagement : une garantie standard de 5 ans ou 100 000 km, assumée sans réserve ;
- Troisièmement, le pedigree industriel : quarante ans de partenariat entre BAIC et des références mondiales comme Jeep, Mercedes-Benz et Hyundai.

La méfiance ne disparaît pas avec des discours. Elle cède face aux preuves. Notre rôle est d’en apporter chaque jour. Qu’ils viennent nous rendre visite…
Quelle est votre ambition pour B2B’s Automobile ? À quoi ressemblera l’entreprise dans 5 ou 10 ans si tout se passe comme prévu ?
À court terme : élargir nos points de service B2B’s Automobile au Cameroun, pour que l’excellence soit accessible partout, pas seulement dans les métropoles. À moyen terme : devenir l’opérateur de référence en Afrique centrale, celui que les partenaires internationaux cherchent lorsqu’ils veulent un interlocuteur fiable, structuré et ambitieux dans la région.
À long terme : contribuer à l’industrialisation de la chaîne de valeur automobile locale. Cela signifie aller au-delà de la distribution et participer à la création d’emplois qualifiés, de compétences techniques, d’un écosystème, à la construction d’une filière. C’est une ambition économique autant qu’une responsabilité vis-à-vis du continent.
Quelle est l’actualité de B2B’s Automobile en ce moment ?
L’actualité est dense et elle reflète bien la dynamique dans laquelle nous sommes entrés. L’événement phare de ce début de mois est l’aménagement dans notre nouveau showroom à Bonapriso (rue des palmiers), un espace entièrement repensé pour offrir à nos clients une expérience à la hauteur de nos standards.
C’est une étape symbolique autant que stratégique : nous franchissons un cap, avec des infrastructures qui positionnent B2B’s Automobile comme une concession de premier plan. En parallèle, nous avons lancé “Le Club des 100”, une initiative exclusive destinée à honorer nos cent premiers clients : une année d’assurance tous risques, une année d’entretien gratuit ou 20 000 km, et un code Rousseau offert.
C’est notre façon de leur dire, concrètement, que leur confiance fondatrice ne sera jamais oubliée. Toute notre actualité est accessible sur nos plateformes digitales et je vous invite à nous rejoindre et à faire partie de l’aventure.
Chaque décision que nous prenons chez B2B’s Automobile est évaluée à l’aune d’une seule question : est-ce que cela crée de la valeur réelle pour nos clients et pour notre marché ?
Si vous deviez être honnête : qu’est-ce qui vous inquiète le plus aujourd’hui ? Et à l’inverse, quel signal vous confirme que vous avez eu raison de vous lancer ?
Ce qui m’inquiète le plus, c’est la logistique de livraison : le cycle d’exploitation est long et ne dépend pas de nous. La demande dépasse parfois notre capacité de réponse immédiate et dans notre métier, chaque délai est une promesse mise sous tension. C’est le défi opérationnel que je vis au quotidien, et sur lequel nous investissons énormément d’énergie.
Mais ce qui me confirme que nous avons eu raison ? Cette même demande. Quand les clients viennent, reviennent, et nous adressent leurs réseaux, c’est la validation la plus sincère et la plus exigeante qui soit. Elle n’a aucune complaisance. Et c’est précisément pour cela qu’elle a de la valeur. Rendez-vous compte qu’en seulement 6 mois, nous avons capté des flux importants de demandes (des dizaines d’intentions d’achat, une grande part transformée en portefeuille de commandes fermes et nos premiers stocks commencent à être réceptionnés et sont aussitôt livrés). Seulement 6 mois !
Un dernier mot ?
Innover pour mieux vous servir : ce n’est pas un slogan pour nous, c’est une ligne de conduite opérationnelle. Chaque décision que nous prenons chez B2B’s Automobile est évaluée à l’aune d’une seule question : est-ce que cela crée de la valeur réelle pour nos clients et pour notre marché ? À tous les décideurs, dirigeants, investisseurs et entrepreneurs qui nous lisent : nous sommes ouverts aux synergies, aux partenariats, aux conversations qui font avancer les choses.
J’ai effectué mon retour au pays natal pour cela. L’Afrique a besoin d’acteurs sérieux qui se parlent et construisent ensemble. Rejoignez le projet B2B’s Automobile sur nos plateformes digitales, dans nos showrooms, ou autour d’une table. Nous avons beaucoup à construire, ensemble.