Alvine Rolande OUM, le Tax & Legal comme terrain de conquête

Alvine Rolande OUM- eb partners law tax

Rencontre avec cette professionnelle, convaincue qu'une fiscalité bien anticipée peut devenir un véritable levier de compétitivité

Il y a des trajectoires linéaires, et d’autres qui se construisent progressivement, au fil des exigences du métier et des environnements traversés. Celle d’Alvine relève de cette seconde catégorie.

Des cabinets locaux, SFAC et C2A, où elle pose ses bases en conseil fiscal et juridique, jusqu’à ses sept années chez KPMG — marquées par une progression jusqu’au poste de Senior Manager et la supervision d’un bureau au Tchad — son parcours s’inscrit dans une montée en responsabilité continue, avec un fil conducteur clair : inscrire la fiscalité dans une approche stratégique, au-delà de la simple contrainte réglementaire.

En 2021, elle franchit une nouvelle étape en lançant, au sein du groupe EB-Partners, le pôle Tax & Legal, EB-Partners Law Tax. Un choix qui traduit une volonté affirmée d’entreprendre et d’exercer son métier avec une plus grande autonomie, en proposant une approche plus agile, innovante et résolument orientée client. Nous l’avons rencontrée !

Bonjour Alvine. Vous avez débuté dans des cabinets de renom avant de rejoindre KPMG pendant sept ans, puis EB-Partners. Qu’est-ce qui a motivé chacune de ces transitions dans votre carrière, et que recherchiez-vous à chaque étape ?

Chaque étape de mon parcours s’inscrit dans une logique de progression continue et d’enrichissement professionnel, tant sur le plan technique que stratégique. Mes premières expériences, au sein de SFAC (cabinet local) puis de C2A représentant FIDAL (cabinet régional), ont été déterminantes pour asseoir des fondamentaux solides en conseil fiscal et juridique. J’y ai évolué dans des environnements exigeants, marqués par une forte proximité avec les clients, où j’ai cultivé la rigueur, la réactivité et le sens du conseil sur mesure.

Après plusieurs années, j’ai ressenti le besoin d’élargir mon champ d’intervention vers une dimension plus internationale, d’intégrer des méthodologies plus structurées et de prendre des responsabilités managériales accrues. KPMG m’a offert ce cadre. J’y ai accompagné des clients de premier plan dans des problématiques complexes, en menant notamment des études d’ingénierie juridique et fiscale liées à des opérations structurantes, tout en évoluant jusqu’au poste de Senior Manager.

Cette expérience m’a également permis de piloter un bureau au Tchad et de contribuer activement au développement des compétences d’équipes à l’échelle de l’Afrique francophone subsaharienne, renforçant ainsi mon expertise technique et mon leadership.

La création d’EB-Partners Law en 2021 s’est ensuite imposée comme une évolution naturelle. Elle répond à une volonté affirmée d’entreprendre et d’exercer mon métier avec une plus grande autonomie, en proposant une approche plus agile, innovante et résolument orientée client. Forte de l’expérience acquise et d’un réseau consolidé, cette étape me permet aujourd’hui d’apporter des solutions à forte valeur ajoutée, parfaitement adaptées aux enjeux spécifiques des clients, tout en portant une ambition claire de développement et d’expansion à l’international, au-delà du continent africain, tout en favorisant une approche transversale intégrant les problématiques de gestion et de finance, lesquelles viennent utilement enrichir et consolider mon expertise.


Lire aussi : « Chaque unité que nous pilotons au sein d’EB-Partners répond à un besoin essentiel mais complémentaire des organisations » Nelly Ashley Elang


Qu’est-ce qui vous a particulièrement attirée vers les problématiques liées au Tax & Legal ?

La fiscalité ne se limite pas à une discipline technique ou théorique : elle influence concrètement les décisions d’investissement, la structuration des opérations et la compétitivité des entreprises, tout en incarnant le lien entre l’État et les acteurs économiques.

Mon intérêt pour ce domaine s’est affirmé dès le début de ma carrière au cours de laquelle j’y ai découvert un domaine d’expertise à la fois exigeant et particulièrement stratégique.

Par ailleurs, l’environnement fiscal se caractérise par une évolution constante des normes et des pratiques. Cette dynamique stimule ma curiosité intellectuelle et renforce mon attrait pour un métier qui exige une veille permanente, une capacité d’adaptation et une approche à la fois rigoureuse et pragmatique.

Beaucoup d’entreprises considèrent encore la fiscalité comme une contrainte plutôt qu’un outil stratégique. Est-ce, selon vous, une erreur ?

À mon sens, considérer la fiscalité uniquement comme une contrainte constitue une approche réductrice, et surtout contre-productive. En réalité, la fiscalité doit être intégrée en amont comme un véritable levier stratégique. Une approche anticipée permet non seulement d’optimiser la charge fiscale dans le respect de la législation, mais aussi de sécuriser les opérations, de structurer efficacement les investissements et de tirer parti de dispositifs incitatifs souvent sous-exploités.

alvine OUM, fiscaliste partage son analyse du conseil fiscal en Afrique

Si vous deviez défendre trois réformes fiscales prioritaires pour améliorer l’attractivité des investissements en zone CEMAC, lesquelles choisiriez-vous et pourquoi ?

Pour ma part, parler de renforcement de l’attractivité des investissements en zone CEMAC au stade actuel de la législation, nécessiterait :

  • Une harmonisation plus effective des dispositifs fiscaux au sein de la CEMAC. En dépit de l’existence de directives communautaires, leur transposition et leur application restent inégales selon les États membres. Cette situation engendre des distorsions fiscales, accroît l’insécurité juridique et complexifie les stratégies d’implantation régionale. Une convergence réelle, tant sur les normes que sur les pratiques administratives, permettrait de fluidifier les investissements transfrontaliers et de renforcer la lisibilité du cadre fiscal.
  • Une simplification des procédures de remboursement des crédits de TVA : les délais de remboursement, souvent longs et imprévisibles, pénalisent fortement la trésorerie des entreprises, en particulier dans les secteurs exportateurs ou capitalistiques. La mise en place de procédures plus transparentes, digitalisées et encadrées par des délais contraignants constituerait un levier immédiat d’amélioration de l’environnement des affaires.

Vous avez accompagné plusieurs entreprises dans le cadre de contrôles fiscaux et de contentieux avec l’administration. Quels sont généralement les points qui cristallisent les tensions ? Plus largement, comment une entreprise peut-elle se préparer efficacement à un contrôle fiscal ?

Dans la pratique, les tensions entre l’administration fiscale et les entreprises se cristallisent généralement autour de sujets techniques à forte composante interprétative. Parmi les plus récurrents figurent la déductibilité de certaines charges, la fiscalisation des prestations intragroupe, les politiques de prix de transfert, ainsi que la qualification fiscale d’opérations financières complexes.

Ces divergences tiennent souvent à une lecture différente des textes. Cette situation est accentuée par des dispositifs parfois lacunaires ou insuffisamment précisés, laissant place à une certaine subjectivité dans l’interprétation. Il en résulte des positions parfois divergentes entre le contribuable et l’administration, susceptibles d’évoluer vers des contentieux.

Dans ce contexte, la préparation au contrôle fiscal constitue un enjeu stratégique majeur. Elle repose avant tout sur une approche proactive et structurée. Concrètement, cela suppose la mise en place de revues fiscales périodiques permettant d’identifier et de corriger en amont les zones de risque, ainsi qu’une documentation exhaustive et rigoureuse des opérations, en particulier celles présentant des enjeux spécifiques comme les transactions intragroupes.

Par ailleurs, la montée en compétence des équipes comptables et financières sur les exigences fiscales locales est essentielle pour sécuriser les pratiques au quotidien. Le recours ponctuel à un conseil externe permet également d’apporter un regard indépendant et d’anticiper les points susceptibles d’être remis en cause.


Lire aussi : Samson Bilangna : l’expertise douanière au service de la compétitivité africaine


La digitalisation des administrations fiscales et la montée en puissance de l’intelligence artificielle transforment-elles profondément le métier de conseil fiscal aujourd’hui ?

La transformation est réelle et s’accélère, même si elle est encore inégale selon les pays de la zone. La digitalisation des administrations fiscales à travers notamment la télédéclaration, la facturation électronique, ou encore l’interconnexion des bases de données, renforce considérablement les capacités de contrôle de l’État et impose aux entreprises une conformité quasi instantanée.

Parallèlement, l’intelligence artificielle transforme progressivement le métier du conseil fiscal en automatisant certaines tâches techniques et répétitives. Cette évolution ne réduit toutefois pas le rôle du fiscaliste ; elle le repositionne davantage sur des missions à forte valeur ajoutée : analyse stratégique, interprétation des textes, sécurisation des opérations, gestion des risques et accompagnement des décideurs.

À mon sens, cette mutation constitue une opportunité majeure, dans la mesure où elle recentre la profession sur l’expertise, le jugement et la capacité d’anticipation, qui demeurent des dimensions fondamentalement humaines.




Considérer la fiscalité uniquement comme une contrainte constitue une approche réductrice, et surtout contre-productive. En réalité, la fiscalité doit être intégrée en amont comme un véritable levier stratégique



Quel conseil donneriez-vous à un jeune juriste ou fiscaliste qui débute aujourd’hui en Afrique centrale et souhaite atteindre un niveau d’expertise comme le vôtre ?

Le premier conseil que je donnerais à un jeune juriste ou fiscaliste est de développer une solide culture transversale et d’éviter une spécialisation trop précoce. La fiscalité se situe au croisement du droit, de la comptabilité, de la finance et du droit des affaires ; une bonne compréhension de l’entreprise et de ses enjeux constitue donc un atout essentiel pour délivrer un conseil pertinent et opérationnel.

Il est également fondamental de construire très tôt son réseau et sa réputation professionnelle. Dans nos environnements, la confiance demeure déterminante et se bâtit sur la rigueur, la fiabilité, la discrétion et le respect des engagements.

Par ailleurs, le développement d’une expertise adaptée aux réalités régionales représente un véritable avantage concurrentiel. La maîtrise du droit OHADA, des règles fiscales de la zone CEMAC, des conventions fiscales et des pratiques administratives locales permet d’apporter une valeur ajoutée différenciante.

Partager l’article

Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Share on whatsapp
fr_FRFrench

Newsletter

Nous contacter

Remplissez les informations suivantes et soumettez le formulaire. Nous vous répondrons dès que possible.

Devenir contributeur

Remplissez les informations suivantes et soumettez le formulaire. Nous vous répondrons dès que possible.

Proposer un article

Remplissez les informations suivantes et soumettez le formulaire. Nous vous répondrons dès que possible.

Proposition de partenariat

Remplissez les informations suivantes et soumettez le formulaire. Nous vous répondrons dès que possible.

Acheter nos bannières

Remplissez les informations suivantes et soumettez le formulaire. Nous vous répondrons dès que possible.