Elle aurait pu devenir journaliste, avocate ou hôtesse de l’air. Le destin en a fait une voix puissante de l’humain au travail. Professionnelle aguerrie et passionnée par le développement humain, Linda Loretta NGANKO-NGATOUM dirige depuis cinq ans la fonction Ressources Humaines du Groupe Activa.
À 51 ans, elle fait partie de cette trempe de dirigeants capables de parler résultats sans jamais perdre de vue les visages derrière les chiffres.
Bonjour madame NGANKO. Que doit-on savoir sur vous et sur votre parcours ?
Je suis Linda Loretta NGANKO-NGATOUM, titulaire d’un Master Cycle Européen de l’Institut Supérieur de Gestion de Paris, obtenu en 1998, complété par plusieurs certifications dans le domaine des Ressources Humaines.
Mon parcours est le fruit d’expériences riches et variées. J’ai eu la chance de travailler en France et au Canada (Montréal) avant de revenir au Cameroun où j’ai rejoint la direction des Ressources Humaines de MTN Cameroun en 2005. J’y ai évolué jusqu’en 2019, avant d’intégrer en 2020 le Groupe Activa, où je dirige aujourd’hui la fonction Ressources Humaines.
Au-delà de ma carrière, je suis une épouse comblée et la maman de quatre enfants, dont deux grandes filles qui sont déjà engagées dans la vie professionnelle.
Revenir travailler au Cameroun n’a jamais été une option, mais une évidence. C’était pour moi une manière de me reconnecter avec mes racines et de mettre mon expérience au service du développement de notre continent.
En dehors du travail, je nourris une passion pour la couture, le design d’intérieur, et depuis quelques années, pour l’écriture, qui est devenue un véritable espace d’expression et de transmission.
À la base, quel métier rêviez-vous d’exercer ? Où vous projetiez-vous dans la vie professionnelle ?
Depuis toute petite, j’ai toujours eu une imagination foisonnante et une curiosité sans limite. J’ai donc eu plusieurs rêves de carrière avant de trouver ma voie.
Je me voyais journaliste, portée par le goût des mots, des histoires, et de la vérité. Puis, en grandissant, j’ai été attirée par le droit : l’idée de défendre les autres, de me battre pour la justice me fascinait.
Un peu plus tard, c’est le voyage et la découverte qui m’ont fait rêver. Je voulais devenir hôtesse de l’air, séduite par l’élégance et le raffinement des femmes qui représentaient ce métier. Leur prestance, leur assurance et leur ouverture sur le monde m’inspirent profondément.
Et puis la vie a suivi son cours. Lorsque j’ai quitté le Cameroun, c’était pour suivre des études de finance, persuadée que c’était là que se construisait la réussite. Mais le destin avait d’autres projets pour moi.
C’est presque par hasard que j’ai rencontré le monde des ressources humaines, un univers où l’on parle d’hommes et de femmes avant de parler de chiffres. Ce fut une révélation.
J’y ai trouvé ce que je cherchais sans le savoir : un métier où la compétence se met au service de l’humain, où l’on accompagne, où l’on transforme, où l’on élève. Depuis, cette passion ne m’a jamais quittée.
Et aujourd’hui encore, je ne considère pas mon parcours comme achevé. J’ai d’autres projets de carrière, d’autres envies, d’autres chemins à explorer. La vie professionnelle, pour moi, est une aventure en mouvement permanent. Tant que l’on garde la passion, la curiosité et le désir d’apprendre, on continue d’avancer, de se réinventer et de grandir.
Comment se fait la rencontre avec le métier de RH ?
C’est une belle histoire, presque un hasard… J’ai d’ailleurs récemment partagé sur mes réseaux un post à ce sujet, car cette rencontre a profondément marqué ma vie professionnelle.
À l’époque, je suivais un tout autre parcours d’études. Un jour, j’ai assisté par erreur à un cours de gestion des ressources humaines auquel je n’étais même pas inscrite. Ce que j’y ai entendu a été un véritable déclic. Le professeur, passionné et profondément humain, a su éveiller en moi quelque chose de très fort : le besoin de servir l’homme, d’accompagner, d’écouter, de comprendre, de construire avec et pour les autres.
Ce jour-là, j’ai su que c’était là ma voie. Le hasard avait simplement mis sur mon chemin ce que j’étais prête à accueillir.
Et quand on y ajoute une dimension spirituelle, on comprend que certaines rencontres ne sont pas fortuites. Elles ont un sens, un but.
Cette découverte du métier de RH n’était donc pas un accident, mais une rencontre écrite, celle d’une vocation avec sa raison d’être.
Cela fait maintenant cinq ans que vous dirigez les ressources humaines du Groupe Activa. Quel bilan personnel et professionnel dressez-vous de cette période au sein du groupe Activa ?
Ces cinq années à la tête des Ressources Humaines du Groupe Activa ont été d’une richesse exceptionnelle, tant sur le plan professionnel que personnel. Lorsque j’ai rejoint le Groupe en 2020, l’entreprise était déjà engagée dans une phase de transformation profonde (organisationnelle, culturelle et stratégique). C’était donc un moment charnière, exigeant, mais porteur d’opportunités immenses.
Sur le plan professionnel, j’ai énormément appris. J’ai eu la chance d’évoluer dans un environnement multiculturel et multi-pays, avec des réalités économiques et réglementaires différentes, ce qui m’a donné une exposition unique sur les enjeux de gouvernance, de conformité et de pilotage stratégique des ressources humaines à l’échelle panafricaine.
J’ai également beaucoup appris aux côtés du top management et du Président du Groupe, sur la vision, le leadership et la résilience nécessaires pour construire un groupe solide et durable.
Mais au-delà de ce que j’ai appris, je suis fière de ce que j’ai pu apporter. Ces cinq années m’ont permis de structurer la fonction RH du Groupe, de renforcer la cohérence entre les filiales, de professionnaliser nos pratiques, et d’ancrer une véritable culture de la performance et de la responsabilité.
J’ai contribué à mettre en place des politiques claires, des processus harmonisés, des outils de pilotage, mais aussi des programmes humains de formation, de développement et d’engagement qui traduisent la conviction qu’Activa ne grandit que si ses collaborateurs grandissent eux aussi.
Sur le plan personnel, cette fonction m’a permis d’affiner mon leadership, d’élargir ma vision stratégique et de confirmer ma conviction que la réussite d’un groupe panafricain repose d’abord sur la qualité, la cohésion et l’engagement de ses collaborateurs.
Quelle est votre plus grande satisfaction dans ce parcours (toutes expériences confondues) ?
Ma plus grande satisfaction, à travers toutes mes expériences, c’est d’avoir toujours essayé de placer l’humain au centre de chaque décision.
Que ce soit dans des environnements structurés comme MTN Cameroun, ou aujourd’hui au Groupe Activa, j’ai toujours veillé à ce que les décisions de gestion ne soient pas seulement techniques, mais profondément humaines même si le prix à payer a parfois été élevé.
Lorsque j’ai quitté MTN en 2019, j’occupais le poste de HR Business Partner. Et jusqu’à aujourd’hui encore, d’anciens collègues continuent de me contacter pour des conseils ou des questions techniques. Ils m’ont même surnommée “HRBP forever”.
Ce simple surnom est pour moi un symbole fort : il me donne le sentiment d’avoir laissé une empreinte durable, d’avoir réellement impacté positivement des personnes, au-delà des liens hiérarchiques ou du cadre professionnel.
Comme je l’écris dans mon livre Les clés du succès en ressources humaines : devenir un professionnel aguerri et épanoui,
Car c’est à ce moment-là que leurs mots traduisent une reconnaissance authentique, dénuée de toute attente ou faveur. et j’ai toujours eu beaucoup de reconnaissance de mes anciens collègues de MTN
En somme, ma plus grande satisfaction, c’est celle-là : avoir touché des vies, inspiré des trajectoires et exercé ce métier avec humanité, exigence et sens.
Et à l’inverse, votre plus grand regret ou le défi que vous auriez aimé relever autrement ?
Je ne parlerais pas vraiment de regret, mais plutôt d’un apprentissage. Avec le temps, j’ai compris que ma spontanéité et ma franchise, qui font ma force, pouvaient parfois me desservir. J’aurais aimé apprendre plus tôt à canaliser cette énergie, à trouver le juste ton entre conviction et diplomatie.
Cette prise de conscience m’a conduite à m’intéresser à l’intelligence émotionnelle, qui a transformé ma manière de travailler et de diriger. J’y ai découvert que le leadership ne repose pas seulement sur la compétence, mais aussi sur la posture, l’écoute et du lien qu’on crée avec les autres.
Si je devais résumer : j’ai appris à éclairer sans éblouir.
Dans un contexte africain, notamment au Cameroun, on imagine que la fonction RH s’exerce parfois sous pression, y compris au sein du cercle familial. Comment gérez-vous les sollicitations de proches (cousins, amis, connaissances) qui espèrent une opportunité professionnelle ?
C’est une réalité qu’il faut assumer avec lucidité. En Afrique, la réussite est souvent perçue comme collective. Lorsqu’un membre de la famille ou un proche occupe une position de responsabilité, il devient, consciemment ou non, le symbole d’un espoir partagé.
Les sollicitations sont donc fréquentes, parfois insistantes. Et je comprends parfaitement cette dynamique : elle s’enracine dans nos valeurs de solidarité et d’entraide, qui sont profondément africaines. Mais la fonction que j’exerce m’oblige à garder une ligne éthique claire. Je ne peux pas me permettre de confondre responsabilité professionnelle et affection personnelle.
J’ai appris à dire non avec bienveillance, à expliquer les critères de sélection, à orienter plutôt qu’à favoriser. Le plus beau cadeau qu’on puisse faire à un proche, c’est de lui permettre d’accéder à une opportunité par mérite, et non par relation.
C’est un équilibre subtil, parfois difficile à tenir, mais c’est aussi cela, être un leader responsable : savoir rester fidèle à ses valeurs, même quand le cœur voudrait parfois dire oui.

Est-ce facile d’être DRH au Cameroun ? Quelles sont les réalités du terrain que le grand public ignore souvent ?
Être DRH au Cameroun, et plus largement en Afrique, n’est pas un exercice facile. C’est une fonction passionnante, mais souvent mal comprise même par les dirigeants. Beaucoup imaginent que le DRH est celui qui recrute, forme et sanctionne mais la réalité est bien plus complexe.
Comme je le disais, il faut gérer les sollicitations de tout genre, les stéréotypes autour du rôle des ressources humaines, mais aussi les tensions naturelles qui peuvent exister avec la direction générale lorsque les sujets touchent à des principes éthiques, à la conformité ou à la justice sociale. Le DRH est parfois au carrefour de décisions impopulaires, mais nécessaires, et doit savoir garder le cap.
L’autre grande difficulté, c’est la rareté des profils techniques et spécialisés. Nous faisons face à un vrai défi de compétences. Beaucoup de jeunes sortent de formation sans être réellement préparés aux exigences du monde professionnel.
Je crois qu’il est temps de repenser nos modèles de formation, pour les rendre plus proches des besoins réels des entreprises, plus pratiques, plus ancrés dans les réalités du marché et des technologies d’aujourd’hui.
Malgré tout, je reste optimiste. Car, dans le même temps, je vois émerger une nouvelle génération de collaborateurs curieux, ambitieux et ouverts au changement. Et c’est aussi à nous, DRH, de leur donner les moyens d’exprimer ce potentiel.
Est-il réaliste de croire que les entreprises sont prêtes à faire passer le bien-être avant les résultats ? Ne s’agit-il pas parfois d’une vision idéaliste ?
Je ne crois pas qu’il faille opposer bien-être et résultats. Pendant longtemps, on a considéré que le bien-être était un luxe, presque une faveur accordée aux salariés quand tout allait bien. Or, l’expérience montre que le bien-être est en réalité un levier de performance durable.
Bien sûr, je reste réaliste : les entreprises ne sont pas des ONG, elles ont des obligations de rentabilité. Mais penser que le bien-être des collaborateurs est secondaire, c’est ignorer une vérité fondamentale : une équipe qui va bien, performe mieux.
Le bien-être n’est pas un objectif naïf, c’est une stratégie d’efficacité à long terme.
Aujourd’hui, les dirigeants les plus lucides ont compris que la compétitivité passe aussi par la motivation, la reconnaissance, la santé mentale et la qualité du climat social. Il ne s’agit donc pas d’idéalisme, mais d’intelligence managériale.
Le véritable défi, c’est de trouver le bon équilibre : instaurer des conditions de travail saines et humaines, tout en gardant une exigence de performance. C’est dans cette zone d’équilibre que naissent les organisations vraiment durables.
Quelles actions concrètes un leader peut-il mettre en place pour concilier bien-être et productivité au sein de son équipe ?
Concilier bien-être et productivité n’est pas une utopie, c’est un choix de management. Et cela commence toujours par le style de leadership.
Un leader qui écoute, qui reconnaît les efforts, qui valorise les réussites et qui crée un climat de confiance favorise naturellement la performance durable.
Concrètement, il y a plusieurs leviers simples mais puissants :
- Pratiquer le leadership situationnel ;
- La communication ouverte et authentique, qui permet aux collaborateurs de s’exprimer sans crainte ;
- La reconnaissance, pas seulement financière, mais humaine : un mot, un geste, un signe de considération peuvent transformer une journée de travail ;
- La flexibilité et l’autonomie, qui témoignent de la confiance accordée et libèrent l’énergie créative ;
- Le développement professionnel, parce qu’un collaborateur qui apprend et évolue se sent valorisé et engagé ;
- Et enfin, l’exemplarité du leader : on ne peut pas prêcher le bien-être si soi-même on est épuisé, agressif ou déconnecté de ses équipes.
Je crois profondément qu’un leader doit être à la fois exigeant et bienveillant. Le bien-être ne s’oppose pas à la rigueur, il la rend simplement plus humaine, plus durable et plus inspirante.
Vous avez récemment publié un ouvrage intitulé « Les clés du succès en ressources humaines : Devenir un professionnel aguerri et épanoui ». Quelle a été la principale motivation derrière ce livre et quel message souhaitiez-vous faire passer ?
L’idée de ce livre est née d’un constat simple : beaucoup de professionnels exercent dans les ressources humaines sans réellement maîtriser la profondeur et la noblesse de cette fonction. J’ai souvent rencontré, au fil de ma carrière, des personnes passionnées, mais parfois démunies face aux exigences du métier. D’un autre côté, j’ai observé que certaines entreprises ne valorisent pas suffisamment la fonction RH, la réduisant à une simple gestion administrative.
J’ai donc voulu, à travers cet ouvrage, redonner du sens à ce métier, en rappeler les fondamentaux et montrer qu’un professionnel RH épanoui est avant tout un acteur stratégique du développement humain et organisationnel.
Mon objectif était de partager, avec humilité et réalisme, les clés qui m’ont permis de grandir dans ce domaine : la rigueur, la compréhension des enjeux business, l’écoute, l’intelligence émotionnelle et la passion pour l’humain.
Au fond, ce livre est un message d’espoir et de responsabilité : j’invite chaque professionnel RH à se former, à s’élever, et à incarner cette fonction avec fierté et exigence. Parce que les ressources humaines, lorsqu’elles sont bien exercées, transforment véritablement les organisations et les vies.
À 51 ans, vous ressentez ce besoin de transmettre, de partager, de sensibiliser… Pourquoi maintenant ? Une manière de redonner du sens à votre parcours ?
Effectivement, à 51 ans, le besoin de transmettre s’est imposé comme une évidence. Je suis à un moment de ma vie où l’expérience, les réussites, mais aussi les épreuves, prennent tout leur sens lorsqu’elles sont partagées. Pendant longtemps, j’ai avancé avec la conviction qu’il fallait faire pour prouver. Aujourd’hui, je ressens davantage l’appel du donner pour construire.
Transmettre, pour moi, c’est une manière de boucler une boucle tout en en ouvrant une autre. C’est dire à la génération montante : voici ce que j’ai appris, parfois dans la douleur, souvent dans la patience, toujours avec passion.
Il y a sans doute une part de réparation dans cette démarche, celle de donner ce que je n’ai pas toujours reçu : de l’accompagnement, des repères, des modèles. Mais au-delà de cela, il y a une envie sincère de contribuer, de rendre au monde professionnel ce qu’il m’a permis de devenir.
C’est, je crois, une forme de maturité : comprendre que la réussite ne se mesure plus seulement à ce que l’on atteint, mais aussi à ce que l’on transmet. J’aborde d’ailleurs cette réflexion dans mon deuxième livre, “Sankofa de carrière : revenir à soi pour mieux avancer”, dont le lancement officiel est prévu pour la fin de l’année.
Enfin, si vous deviez donner quelques conseils à un jeune professionnel qui souhaite faire carrière dans les RH, quels seraient-ils ?
Je lui dirais d’abord que les ressources humaines ne sont pas un métier comme les autres. C’est une fonction exigeante, qui demande autant de rigueur que d’humanité. Elle sollicite beaucoup sur le plan émotionnel, car nous sommes au carrefour des ambitions, des fragilités et parfois des tensions.
Dès le départ, il faut donc apprendre à travailler cet aspect : développer son intelligence émotionnelle, sa capacité à écouter sans absorber, à comprendre sans juger, à décider sans se déshumaniser.
Mon premier conseil serait d’apprendre en profondeur : comprendre le droit du travail, la stratégie d’entreprise, les risques du métier, etc. On ne peut pas influencer ce qu’on ne maîtrise pas. Ensuite, je lui dirais d’écouter vraiment écouter les autres. Derrière chaque dossier, il y a une histoire humaine, un contexte, une émotion à décrypter avant d’agir.
Enfin, je lui recommanderais de rester curieux et intègre. Curieux, parce que les RH évoluent sans cesse et qu’il faut s’adapter en permanence. Intègre, parce que c’est cette droiture, cette constance dans la justice et le respect, qui fait la véritable force d’un professionnel RH.