Numérique : le CADIT veut fédérer un écosystème encore fragmenté

Entretien avec Lionel Mbiandjeu_président du CADIT

" Les décideurs politiques devraient écouter et créer un cadre propice pour l’épanouissement des acteurs et leur donner l’opportunité de s’exprimer, d’apporter leur savoir-faire à la consolidation de l’écosystème " Lionel Mbiandjeu

À l’heure où le numérique s’impose comme un levier stratégique de transformation des économies, le Cameroun cherche encore à structurer un écosystème capable de révéler tout son potentiel. Entre initiatives dispersées, défis réglementaires et déficit de coordination, les acteurs de la tech peinent parfois à parler d’une seule voix.

C’est dans ce contexte qu’est né le Cameroon Digital Tank (CADIT), avec une ambition claire : fédérer, structurer et impulser une dynamique collective autour du développement du numérique. À la croisée de la réflexion et de l’action, ce « think do tank » entend créer des ponts entre talents locaux, diaspora et décideurs publics.

Dans cet entretien, Lionel Mbiandjeu, son initiateur revient sur la genèse du CADIT, ses réalisations, mais aussi les chantiers encore ouverts pour faire du numérique un véritable moteur de croissance au Cameroun.

Bonjour Lionel. Pour commencer, pouvez-vous nous présenter le CADIT ?

Le Cameroon Digital Tank en abrégé CADIT est le premier think do tank du numérique au Cameroun. En d’autres termes, c’est un groupe de réflexion et d’action qui réunit des acteurs de la tech d’ici et de la diaspora autour des problématiques et enjeux liés à l’éclosion d’un véritable écosystème et une économie du numérique au Cameroun.

Qu’est-ce qui vous a personnellement poussé à créer ce think tank ?

L’idée est né d’échanges avec quelques acteurs clés comme Anthony SAME du groupe ST DIGITAL et feue Nelly Chatue DIOP co-fondatrice et ex CEO d’EJARA entre autres.

Il se trouve qu’il y avait un manque quant à l’existence d’une plateforme qui fédérerait la plupart des acteurs de la Tech au Cameroun peu importe le domaine, dont l’objectif devrait être de sensibiliser et d’adresser les problématiques et obstacles pour un développement durable du numérique dans notre pays. A cet effet, j’ai consulté un certain nombre d’acteurs en vue de la création du CADIT.


Lire aussi : « Notre vision est de devenir un véritable moteur de la démocratisation de l’investissement », Serge SAH NTAMACK, ADG Makeda Asset Management


Quelques années après sa mise sur pied, quel bilan dressez-vous du parcours du CADIT ? Qu’est-ce qui a véritablement fonctionné, et qu’est-ce qui reste encore à construire ?

Il est important de préciser que dans la vie, chaque pas est important et le premier encore plus. Je tiens tout aussi à rappeler que les piliers qui drive notre existence se présente comme suit:

  • ➡️ L’institutionnel, lobbying et plaidoyers ;
  • ➡️ La règlementation ;
  • ➡️ La formation ;
  • ➡️ L’investissement du numérque ;
  • ➡️ Le business club
  • ➡️ La communication

Partant de ces piliers, nous pouvons faire aisément un bilan de manière succincte :

  • 〰️ Sur le plan institutionnel : nous avons eu des échanges avec des institutions et organismes tels que le Ministère des Postes et Télécommunications, l’Union Européenne, la GIZ – la Coopération allemande (à travers le projet santé numérique) -, le REPATIC (Réseau des Parlementaires en charge des TIC), Proparco, Expertise France, Business France, l’AMCHAM, le CNIES et la COSUMAF pour ne citer que ceux-là ;

  • 〰️ Sur le plan de la formation : nous avons accompagné des programmes spécifiques de renforcement des capacités et d’apprentissage comme LEAD MI de Brain Booster et Plan International, Woman Shine For Africa de association ANGLE, We code Africa et bien d’autres ;

  • 〰️ Sur le plan du financement du numérique : des échanges constants se font avec des acteurs de l’investissement afin de trouver le cadre pour mettre en place une plateforme pour accompagner les startups et les Tech entrepreneurs d’envergure ;

  • 〰️ Sur le plan de la communication : nous produisons depuis deux ans avec le webmagazine CAMEROONCEO, une édition spéciale de 50 Techs Makers du Cameroun et de sa diaspora. Le but est de mettre en lumière ceux qui transforment ce secteur et aussi de lancer un appel à d’autres médias afin qu’ils se joignent à nous pour davantage créer des programmes des émissions, des reportages, des interviews pour mettre en exergue notre écosystème qui a besoin de plus de visibilité ;

  • 〰️ Sur le plan évènementiel : on peut noter l’organisation de l’Apéro Digital, des Apéro IA, la présence dans des évènements comme le CAMEROON INTERNATIONAL TECH SUMMIT et des DEMO DAY comme celui de l’incubateur ENOVATION FACTORY, le YAMEX (Yaoundé Music Expo), le CYBERSHOW, TEDX Yaoundé, etc.

Beaucoup de think tanks naissent avec de grandes ambitions mais peinent à impacter le réel. Selon vous, qu’est-ce que le CADIT a réussi à impulser de tangible dans l’écosystème numérique camerounais ?

Le point primordial en mon sens et que nous avons commencé, a été de fédérer plus de 200 acteurs de 33 domaines différents allant de la Fintech, à l’IA, au média, au Cloud/Data center et au spatial pour ne citer que ceux-là. Vous savez, nous évoluons dans un environnement où travailler ensemble n’est pas toujours facile. Attention, je ne dis pas que tout est rose mais l’Egypte ancienne ne s’est pas construite en un jour.

On a réussi à propulser une intelligence collective que nous améliorons et bonifions chaque jour pour qu’ENSEMBLE, nous impactions cet écosystème afin de contribuer à situer notre pays à la place qu’il mérite.

Dans le microcosme tech, on reproche souvent aux think tanks d’être plus actifs dans les groupes WhatsApp que sur le terrain. Le CADIT fait-il exception à cette règle, ou est-il lui aussi prisonnier du syndrome du commentaire permanent ?

Le peu que j’ai pu citer en évoquant notre bilan démontre à merveille que nous sommes bien un groupe qui a l’ADN du virtuel, du digital mais qui opère dans la réalité, parce que c’est là aussi que se passe les impulsions nécessaires pour consolider les connexions que nous nouons sur le digital




Je voudrais qu’on retienne de Nelly Chatue-Diop, son altruisme, sa disponibilité, son abnégation, sa détermination et son amour pour l’Afrique



La disparition récente de Nelly Chatue-Diop, figure emblématique de la fintech africaine, membre active et soutien du CADIT, a ému tout l’écosystème tech. Comment le CADIT a‑t‑il vécu cette perte ?

Ça a été très pénible car c’est une grosse perte et un grand soutien pour l’écosystème et pour moi en particulier, elle a marqué son temps et elle avait encore beaucoup à donner mais hélas, la volonté de DIEU a eu le dernier mot.

Par-dessus tout, je voudrais qu’on retienne ce qu’elle nous a légué, son altruisme, sa disponibilité, son abnégation, sa détermination et son amour pour l’Afrique, le Cameroun et la liaison qu’elle voulait faire entre la culture et la tech.

Enfin, l’un de ses combats était de pousser pour l’inclusion financière des personnes moins nantis à travers le digital. On ne lâchera rien !  Nous continuerons le combat du digital.


” Le CADIT peut servir de plateforme et de catalyseur de tous les profils tech qui peuvent accompagner notre pays dans sa transformation digitale et l’aider à devenir une puissance africaine dans le domaine



Vous observez depuis plusieurs années l’évolution du numérique au Cameroun. Quelle lecture stratégique faites-vous de cet écosystème aujourd’hui ? Ses fondations sont-elles solides ?

L’évolution du numérique au Cameroun est en deçà du potentiel humain que je côtoie au quotidien ici et dans la diaspora. D’un point de vue structurel, il y a encore beaucoup à faire pour que nous soyons à notre véritable place. En me basant sur les piliers du CADIT, je dirai que notre écosystème manque de d’audace, d’inclusion, d’harmonisation stratégique mais surtout de célérité opérationnelle.

J’en veux pour preuve, le taux de pénétration d’internet à haut débit, la concrétisation du programme spatial camerounais (nous possédons l’une des meilleurs positions géo-orbitales au monde), l’accès à la commande publique pour les acteurs nationaux, la création des champions nationaux, la mise en place d’un cadre attractif pour les investissements du numérique y compris la régulation (la Cote d’Ivoire a mis en place un STARTUP ACT avec des avantages fiscaux et règlementaires pour les acteurs tech), la réorientation du système éducatif, l’archivage, la collecte, la sécurisation  numérique des données, la digitalisation de l’administration et des collectivités territoriales décentralisées, le développement de l’outsourcing ( l’INDE aujourd’hui a axé sa stratégie sur la délocalisation des activités IT de l’Amérique du nord vers ses technoparcs), la création des technopoles et smart cities etc.

Tout ce que je viens de dire peut paraitre énorme mais croyez-moi, tout ceci bien établi sur une feuille de route avec une volonté assumée, peut transformer notre pays et en faire un leader de la digitalisation en Afrique.

Et c’est possible dès demain (le manifeste du CADIT reprend pour l’essentiel, l’ensemble de ces fondations).



L’évolution du numérique au Cameroun est en deçà du potentiel humain que je côtoie au quotidien ici et dans la diaspora


Quel rôle devraient jouer les décideurs politiques pour faire du numérique, un véritable levier de croissance nationale ? Et comment le CADIT intervient-il dans ce dialogue entre le public et le privé ?

Les décideurs politiques devraient écouter et créer un cadre propice pour l’épanouissement des acteurs et leur donner l’opportunité de s’exprimer, d’apporter leur savoir-faire à la consolidation de l’écosystème.

Le CADIT peut être cet organe qui orchestre cette collaboration et servir de plateforme et de catalyseur de tous ces profils qui peuvent accompagner notre pays dans sa transformation digitale et l’aider à devenir une puissance africaine dans le domaine.

Quelles propositions concrètes portez-vous aujourd’hui pour renforcer la gouvernance et la compétitivité du secteur numérique au Cameroun ?

De manière concrète :

  • ✅ Accélération de la transformation digitale de la gouvernance des administrations et des CTD ;

  • ✅ Renforcement de l’infrastructure pour l’optimisation de l’accès à internet à hauts débits (fibre optique, programme spatiale, point d’échange) ;

  • ✅ Redynamisation du secteur énergétique (quadrupler au minimum les capacités et les sources de productions) ;

  • ✅ Mise en place d’un cadre inclusif de dialogue entre parties prenantes sur le point de vue réglementaire, académique, recherche et du financement ;

  • ✅ Mise en place d’une fiscalité attractive et d’un quota pour l’accès à la commande publique et l’octroi des marchés aux acteurs nationaux et de la diaspora ;

  • ✅ Identification et accompagnement des champions nationaux.

Enfin, si vous deviez formuler un vœu ou une ambition forte pour les prochaines années du CADIT, que souhaiteriez-vous pour ce think tank et pour le numérique camerounais ?

Je souhaite voir le CADIT devenir la plateforme d’influence et d’action de choix de notre pays dans sa vision de devenir un hub et un leader africain de l’économie numérique. En d’autres termes, son bras armé dans la définition, la conception et l’opérationnalisation de la digitalisation

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