« Notre vision est de devenir un véritable moteur de la démocratisation de l’investissement », Serge SAH NTAMACK, ADG Makeda Asset Management

Entretien avec Serge Sah Ntamack_ADG Makeda asset Management_marché financier_makeda capital

Dans cet entretien, il revient sans détour sur les enseignements de 2025, les limites du marché camerounais, et les leviers à activer pour transformer durablement l’épargne en moteur de croissance

Il dirige une société de gestion qui affiche plus de 600 % de croissance de ses actifs depuis sa création, et qui revendique une ambition claire : rendre l’investissement accessible à tous, dès 10 000 FCFA. Serge SAH NTAMACK vient d’être promu Administrateur Directeur Général de Makeda Asset Management, acteur encore jeune mais à la trajectoire résolument ascendante sur le marché financier de la CEMAC.

Dans un marché financier encore jeune, où la confiance des investisseurs se construit lentement, et où l’épargne populaire s’écoule encore massivement vers la tontine, il incarne une conviction : la pédagogie est le premier produit financier à commercialiser.

Bonjour Serge. Vous avez récemment été promu Administrateur Directeur Général de Makeda Asset Management. Qu’avez-vous ressenti au moment de cette nomination et qu’est-ce que cela change, concrètement, dans votre manière de piloter l’entreprise ?

Cette nomination a été avant tout un moment de reconnaissance et de responsabilité. Elle signifie désormais une implication directe à la fois dans la définition de la vision stratégique et dans sa déclinaison opérationnelle au quotidien.

La gestion d’actifs est un métier de confiance, et être appelé à piloter une société de gestion dans un environnement encore jeune comme celui de la CEMAC constitue un défi stimulant.

Cette fonction m’amène également à jouer un rôle d’interface entre les équipes internes et le Conseil d’Administration afin d’aligner les objectifs, de renforcer la gouvernance et de préserver les attentes de l’ensemble des parties prenantes.

L’année 2024 s’est achevée sur des performances remarquées pour Makeda Asset Management, avec une progression à trois chiffres et des plus-values supérieures à 6 %. Avec le recul, qu’est-ce que 2025 a réellement confirmé — ou remis en question — dans le modèle Makeda ?

L’année 2025 a confirmé l’intérêt croissant des investisseurs pour les produits du marché des capitaux de la CEMAC. Avec une taille globale d’actifs sous gestion dépassant les 1 000 milliards de FCFA pour l’ensemble des acteurs, nous constatons une remise en cause progressive de l’idée selon laquelle l’investissement financier serait réservé uniquement aux personnes disposant de revenus élevés.

Nos produits proposent des rendements supérieurs aux produits de placement classiques, avec des risques maîtrisés. À titre d’illustration, le FCP Makeda Horizon a enregistré une performance de 6,64 % en 2025.




L’investissement doit devenir un réflexe pour tous les Camerounais !



Quels enseignements majeurs retenez-vous de l’année 2025 pour la gestion d’actifs au Cameroun ?

Le principal enseignement est que le marché, bien qu’en progression, reste largement sous-exploité. Le potentiel d’épargne est réel, mais demeure orienté vers des instruments traditionnels comme la tontine.

Les gestionnaires d’actifs doivent donc jouer un rôle pédagogique afin de transformer une épargne informelle en une épargne financière productive et sécurisée. Chez Makeda Asset Management, il est possible de faire fructifier son épargne à partir de 10 000 FCFA, ce qui montre que l’investissement est accessible à tous.

En quelques chiffres clés, que représente Makeda Asset Management aujourd’hui sur le marché camerounais, et comment qualifieriez-vous sa trajectoire depuis sa création ?

Depuis sa création, Makeda Asset Management a connu une croissance particulièrement remarquable. En quelques années seulement, nos actifs sous gestion ont enregistré une progression de plus de 600 %, ce qui illustre à la fois la confiance des investisseurs et la pertinence de notre approche de gestion.

Aujourd’hui, même si nous restons un acteur encore jeune sur le marché camerounais, que nous qualifions parfois avec humilité de “Petit Poussin”, notre trajectoire est clairement ascendante. Nous nous positionnons progressivement comme un acteur engagé dans la démocratisation de l’investissement et la promotion de l’éducation financière.

Au-delà des chiffres, notre ambition est surtout d’élargir l’accès aux services d’investissement à l’ensemble des populations de la zone CEMAC, en proposant des solutions d’épargne et de placement accessibles, transparentes et adaptées aux réalités locales.


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En quoi Makeda se différencie-t-elle réellement des autres SGP sur le marché, au-delà de la liste classique des services ?

Chez Makeda, nous nous sommes donné pour mission de vulgariser l’épargne productive et sécurisée auprès de toutes les catégories d’investisseurs potentiels. Que vous soyez étudiants, commerçants, fonctionnaires, salariés, cadres ou institutions, vous pouvez souscrire à nos produits à partir d’un montant symbolique de 10 000 FCFA. Nous accompagnons nos clients dans leurs projets d’épargne et de préparation de la retraite avec la conviction que ce n’est pas le montant investi qui construit un portefeuille solide, mais la constance dans l’effort d’épargne.

Nous avons également mis en place des solutions de souscription via Orange Money et MTN Mobile Money afin de simplifier l’accès à nos produits. De plus, un espace client dédié vous permet de suivre la progression de vos avoirs dans nos livres.

Malgré leurs performances, les fonds communs de placement peinent à séduire massivement. Pourquoi, selon vous, ces produits ont-ils encore du mal à s’imposer auprès du grand public camerounais ?

Malgré leurs performances, les fonds communs de placement peinent encore à séduire massivement le grand public camerounais pour plusieurs raisons structurelles.

Premièrement, la question de l’information et de l’éducation financière reste centrale. Une grande partie de la population ne connaît pas encore réellement le fonctionnement des fonds communs de placement, leurs avantages ou leur niveau de sécurité. Cette méconnaissance crée naturellement une certaine distance vis-à-vis de ces produits.

Deuxièmement, la confiance constitue un enjeu majeur. Le marché a été marqué par le passé par plusieurs schémas frauduleux ou systèmes d’investissement non régulés qui ont causé des pertes importantes pour de nombreux épargnants. Ces expériences ont laissé des traces et ont contribué à installer une forme de prudence, voire de méfiance, envers les produits financiers.

Troisièmement, il faut également prendre en compte les réalités socioculturelles. Dans notre contexte, une grande partie de l’épargne est encore orientée vers des mécanismes traditionnels, communautaires ou informels, qui reposent sur la proximité et la confiance interpersonnelle. Cette culture financière influence naturellement les choix d’investissement.

C’est précisément pour répondre à ces défis que les sociétés de gestion doivent aujourd’hui mettre l’accent sur la pédagogie, la transparence et la proximité avec les investisseurs, afin de renforcer la confiance et démocratiser l’accès aux solutions d’investissement modernes.



Nous accompagnons nos clients dans leurs projets d’épargne et de préparation de la retraite avec la conviction que ce n’est pas le montant investi qui construit un portefeuille solide, mais la constance dans l’effort d’épargne


Makeda est particulièrement visible sur les questions d’éducation financière, un sujet souvent présenté comme un frein majeur au développement de l’épargne collective au Cameroun. Constatez-vous une réelle évolution des mentalités ou le blocage reste-t-il profond ?

Effectivement, comme nous l’avons évoqué précédemment, les principaux freins restent la question de la confiance et certaines réalités socioculturelles qui influencent encore les comportements d’épargne et d’investissement dans la zone CEMAC. Ces facteurs expliquent en partie pourquoi l’épargne collective met du temps à s’ancrer profondément dans les habitudes.

Cependant, nous observons une évolution progressive et encourageante des mentalités. À travers les actions d’éducation financière, les conférences, les contenus pédagogiques et les échanges directs avec le public, on constate que de plus en plus de personnes cherchent à comprendre les mécanismes d’investissement et les opportunités qu’offrent le marché financier.

Cette évolution se fait de manière graduelle, mais l’intérêt pour ces sujets est réel et en constante progression. Les populations commencent à mieux percevoir l’importance de structurer leur épargne et de diversifier leurs placementChez Makeda Asset Management, nous sommes convaincus que lorsque la compréhension s’installe durablement, la confiance suit naturellement. Et à mesure que ce message s’ancre dans les esprits, nous pensons que cela se traduira également par une croissance progressive des actifs sous gestion, car une population mieux informée devient aussi une population plus encline à investir.

Image serge sah ntamack

Une critique récurrente vise les sociétés de gestion d’actifs, accusées de privilégier les titres publics au détriment du financement de l’économie réelle. Quelle est, selon vous, la part de responsabilité des asset managers dans le financement de l’économie locale, et quelles sont les limites objectives de cet exercice ?

Il faut d’abord rappeler que le marché financier de la CEMAC reste encore relativement embryonnaire, avec une offre d’instruments financiers limitée pour les sociétés de gestion. Dans ce contexte, les titres publics occupent naturellement une place importante dans les portefeuilles, notamment parce qu’ils offrent un cadre de risque plus maîtrisé.

Cela étant dit, les Asset Managers ont aussi une responsabilité dans le financement de l’économie réelle. De nombreuses entreprises ont des besoins importants de liquidité pour soutenir leur exploitation ou financer leurs projets de développement.

Même si les sociétés de gestion n’accompagnent pas directement ces entreprises vers le marché financier, elles peuvent jouer un rôle de sensibilisation en les éduquant à l’intérêt de recourir aux mécanismes de financement de marché pour lever des fonds.

Il faut également rappeler que notre première responsabilité reste de protéger et de faire fructifier l’épargne de nos investisseurs, tout en maîtrisant le risque. Dans un environnement où les opportunités d’investissement restent encore limitées, les allocations vers les titres publics constituent souvent une approche prudente.

À mesure que le marché financier se développera et que davantage d’entreprises se financeront via des instruments de marché, les sociétés de gestion pourront naturellement accroître leur contribution au financement de l’économie locale.

Makeda envisage-t-elle, à court ou moyen terme, de développer des véhicules plus directement exposés à l’économie productive ? Si oui, à quelles conditions le marché camerounais pourrait-il absorber ce type de produits sans mettre en péril l’épargne des investisseurs ?

Il faut d’abord rappeler qu’au sein du marché financier de la CEMAC, les agréments délivrés par la COSUMAF sont bien segmentés. Makeda Asset Management est aujourd’hui agréée pour la gestion des OPCVM, ce qui définit naturellement notre champ d’intervention et les types de produits que nous pouvons proposer.

Nous sommes donc conscients que notre offre reste encore relativement limitée au regard de l’ensemble des besoins de financement de l’économie productive. Cela dit, le développement de véhicules davantage exposés à l’économie réelle reste une perspective intéressante pour le marché.

Cependant, pour que ce type de produits puisse se développer sans mettre en péril l’épargne des investisseurs, plusieurs conditions doivent être réunies : une meilleure structuration des entreprises, davantage d’instruments financiers disponibles et un cadre de transparence renforcé.

Chez Makeda, nous restons confiants quant à l’évolution du marché. Le “Petit Poussin” est appelé à grandir, tant en termes d’actifs sous gestion que de diversification de sa gamme de produits, au fur et à mesure que l’écosystème financier de la CEMAC gagnera en maturité.


” Makeda Asset Management ambitionne de s’imposer comme un acteur régional de référence en zone CEMAC, tout en demeurant une société de gestion accessible au grand public


Le marché camerounais de la gestion d’actifs compte aujourd’hui une dizaine d’acteurs, sans que l’on observe une concurrence particulièrement agressive. Selon vous, est-ce le signe d’un marché encore trop petit et sous-dimensionné ? Comment expliquez-vous ce fonctionnement assez atypique dans un métier où les enjeux financiers sont importants ?

Le secteur de la gestion d’actifs en CEMAC compte près d’une vingtaine d’acteurs, mais il reste fortement sous-exploité. La majorité de la taille d’actif globale est issue d’institutions des secteurs bancaire, de la microfinance et de l’assurance.

Cela crée une forte concentration de la demande sur une niche commune à tous les acteurs. D’où l’importance de vulgariser rapidement et durablement la culture financière afin d’élargir la base des épargnants et d’atteindre une véritable démocratisation de l’investissement qui est la mission première de Makeda Asset Management.

La gestion d’actifs implique nécessairement une prise de risque. Quels sont aujourd’hui les principaux risques que Makeda assume pour le compte de ses clients ? Et plus largement, quel est le principal malentendu des Camerounais lorsqu’on parle de gestion d’actifs ?

La gestion d’actifs implique naturellement une prise de risque maîtrisée. Chez Makeda Asset Management, nous assumons pour le compte de nos clients des risques liés aux fluctuations des actifs, à la liquidité et à la concentration, particulièrement dans un marché comme la CEMAC où l’offre d’instruments financiers reste encore limitée.

Cela nous oblige à trouver un équilibre entre performance et sécurité, en structurant des portefeuilles diversifiés et adaptés au profil de chaque investisseur.

Le principal malentendu chez le grand public est de penser que confier son épargne à une société de gestion est excessivement risqué ou réservé à une élite. En réalité, la gestion d’actifs est un service structuré et transparent, visant à optimiser l’épargne tout en maîtrisant le risque, même dans un marché où les instruments disponibles restent encore limités.

Pour 2026, quelles sont vos priorités ? Envisagez-vous le lancement de nouveaux produits ?

Nos priorités s’articulent autour de plusieurs axes stratégiques : intensifier nos programmes d’éducation financière afin de renforcer la culture de l’investissement, démystifier les idées reçues liées à la fructification de l’argent et rendre les mécanismes d’investissement plus accessibles au grand public.

Parallèlement, nous œuvrons à accroître la visibilité de Makeda Asset Management, à consolider la confiance de nos investisseurs à travers la transparence et la performance, tout en poursuivant un objectif de croissance durable et significative de la taille de nos actifs sous gestion.

Enfin, à quoi devra ressembler Makeda Asset Management dans cinq ans pour que vous puissiez dire que le pari est pleinement réussi, à la fois sur le plan économique et sur celui de la démocratisation de l’investissement au Cameroun ?

Dans cinq ans, Makeda Asset Management ambitionne de s’imposer comme un acteur régional de référence en zone CEMAC, tout en demeurant une société de gestion accessible au grand public. Notre vision est de devenir un véritable moteur de la démocratisation de l’investissement et un partenaire engagé du développement économique.

Nous considérerons ce pari réussi lorsque l’investissement financier sera devenu, pour les Camerounais, un réflexe aussi naturel voire plus que l’épargne bancaire, et une alternative crédible aux tontines et aux systèmes traditionnels de cotisation.

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