Installée à Yaoundé depuis quelques semaines, Veronika Bošković Pohar entame son mandat à la tête de la Délégation de l’Union européenne au Cameroun avec une série de rencontres destinées à renforcer le dialogue avec les différents partenaires de la coopération européenne.
Officiellement entrée en fonction le 2 septembre 2026, la diplomate slovène a déjà échangé avec plusieurs membres du gouvernement et acteurs de la coopération.
Jeudi dernier, elle a échangé avec de jeunes acteurs de la culture et de l’entrepreneuriat, bénéficiaires ou partenaires de programmes européens. Une rencontre au cours de laquelle elle a notamment insisté sur la nécessité de construire avec les jeunes, les réponses aux défis du pays
Bonjour Madame l’Ambassadrice. Quels sentiments avez-vous eus quelques jours après votre arrivée au Cameroun ?
Bonjour Projecteur Magazine. Je suis arrivée au Cameroun il y a trois semaines. C’est donc ma première fois dans ce pays, même si ce n’est pas ma première expérience sur le continent africain. J’ai eu de très belles expériences en Afrique et j’ai également de la famille en Namibie et en Afrique du Sud : mon cousin, mon oncle et ma tante.
Le Cameroun est un très beau pays, d’après ce que j’ai pu voir, avec un très bon café aussi ! J’ai rencontré beaucoup de personnes très intelligentes et impressionnantes. J’ai surtout découvert beaucoup d’ambition et de créativité. C’est quelque chose qui a vraiment attiré mon attention.
Nous comptons donc beaucoup sur la jeunesse : pour l’écouter, pour nous aider à développer davantage de projets et pour soutenir le Cameroun dans sa trajectoire de développement et de création d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes. C’est aussi le rôle de l’Union européenne.
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On compte surtout sur la jeunesse pour nous aider à avoir plus de projets et pour soutenir le Cameroun dans cette voie de développement et de création d’emplois

Est-ce que ce que vous avez vu au cours de vos premiers jours reflète exactement ce que vous aviez appris du Cameroun avant d’y arriver ?
Oui, je pense qu’il n’y a pas eu de grosse surprise. Le Cameroun est un pays assez résilient et un partenaire historique de l’Union européenne. Nous avons des projets ici depuis plusieurs dizaines d’années.
C’est aussi un pays avec beaucoup de potentiel, c’est ce que j’avais appris. Avec beaucoup de culture, c’est ce que j’ai vu. Beaucoup de talents, c’est ce que j’ai remarqué. Donc, dans l’ensemble, il n’y a pas eu beaucoup de surprises.
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Quels seront les axes prioritaires de votre action durant votre séjour au Cameroun ?
Durant mon séjour, avec mon équipe de l’Union européenne et nos États membres — puisque l’Union européenne compte 27 États membres —, nous allons surtout mettre l’accent sur l’investissement.
Nous sommes dans une logique d’investissement, de véritable partenariat et de responsabilité partagée. Bien sûr, il y a le Global Gateway, avec les infrastructures, les transports, l’énergie et le numérique. Mais il y a beaucoup plus derrière tout cela : notamment la création d’emplois.
Nous travaillons beaucoup avec le secteur privé et avec le secteur agricole. Nous allons donc également travailler avec les entrepreneurs et les jeunes, et continuer à pousser dans cette direction.
L’année prochaine, nous aurons plusieurs millions d’euros consacrés à l’énergie, parce que nous constatons qu’il y a beaucoup, beaucoup de besoins. Une énergie stable, comme vous le savez, permet la création d’entreprises et, par conséquent, la création d’emplois.
Voilà pourquoi l’Union européenne est là.

Sur quels autres terrains comptez-vous pour renforcer davantage cette coopération entre le Cameroun et l’Union Européenne ?
Nous avons toute une palette d’instruments. L’Union européenne dispose d’instruments de coopération, de développement et d’investissement, avec nos partenaires du Groupe Europe, la Banque européenne d’investissement et les États membres.
L’Union européenne elle-même, mais aussi d’autres acteurs. Nous sommes également actifs, par exemple, avec la FEP, qui est un outil de défense et de sécurité (FEP = Facilité européenne pour la paix. Il permet notamment à l’UE de soutenir des partenaires confrontés à des enjeux sécuritaires, ndlr).
Donc, l’Union européenne a vraiment cette approche à 360 degrés, avec une palette d’instruments que nous mettons à la disposition du Cameroun, si le Cameroun l’accepte. Parce qu’en fait, c’est au pays de décider de ses besoins et de les partager avec nous, pour que nous puissions répondre à ces besoins, de la sécurité jusqu’au développement et à la création d’emplois.
Dans votre dernière expérience en Afghanistan, vous étiez très engagée sur les questions liées à la culture et à l’aide humanitaire. Y a-t-il des secteurs dans lesquels vous estimez que le potentiel de coopération reste encore largement sous-exploité ?
Je pense que la culture et, plus largement, la dimension humaine sont des domaines qui peuvent être davantage valorisés. Je vois que les Camerounais apprécient beaucoup la culture et accordent une grande importance à l’humain. C’est quelque chose que je trouve vraiment attachant et impressionnant.
En Afghanistan, j’ai eu l’occasion de travailler sur de nombreux projets liés à l’héritage culturel. C’était particulièrement important dans un pays à caractère tribal, où la question de l’unité nationale est essentielle.
La culture et l’héritage culturel peuvent contribuer à cette cohésion nationale. Nous avons donc beaucoup travaillé sur ce patrimoine, en faisant également le lien avec la création d’emplois.
Donc, si le Cameroun voit le besoin de booster la culture et l’héritage culturel pour renforcer la cohésion de la nation, je pense que c’est la bonne voie. Mais, en fin de compte, c’est à vous de définir quelle est la bonne voie pour votre pays.