On parle souvent de la compliance sans vraiment savoir ce qu’elle recouvre. Pourtant, derrière ce terme se cache une mission essentielle : aider les entreprises à évoluer dans le respect des règles, tout en protégeant leur intégrité et leur réputation. Après une riche carrière dans les télécommunications, où elle a notamment exercé dans les fonctions commerciales, l’expérience client et la formation, Hélène Julie Monkam a choisi, en 2019, d’orienter sa carrière vers les métiers de la conformité et de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (AML/CFT).
Pour commencer, pouvez-vous revenir sur votre parcours ? Comment êtes-vous arrivée dans les métiers de la compliance, et qu’est-ce qui vous donne envie d’y rester ?
Mon parcours s’est construit progressivement. J’ai débuté dans l’administration, les opérations commerciales, avant d’évoluer vers des fonctions liées au service client, à la formation, puis à la conformité. Ces différentes expériences m’ont permis d’acquérir une compréhension approfondie des activités, des clients, des produits et des risques associés aux services financiers numériques.
J’ai orienté ma carrière vers la conformité et la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (AML/CFT) en 2019. J’y ai trouvé un domaine particulièrement stimulant, à la croisée de la réglementation, de la gestion des risques, de la technologie et de la protection des clients.
Aujourd’hui, en tant que Compliance Manager, ce qui me motive est la possibilité de contribuer à la pérennité de l’entreprise, de protéger son intégrité et de participer à la construction d’un environnement financier plus sûr et plus transparent.
Beaucoup de personnes entendent parler de “compliance” sans vraiment savoir ce que cela recouvre. Si vous deviez expliquer votre métier à quelqu’un qui le découvre, que lui diriez-vous ?
Je dirais que la compliance, Conformité en français, consiste à s’assurer qu’une entreprise exerce ses activités de manière responsable, éthique et conforme aux lois, aux réglementations et aux engagements qu’elle a pris.
Concrètement, la conformité veille à ce que l’entreprise identifie ses risques, mette en place les contrôles appropriés et respecte les exigences réglementaires, notamment en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, de financement du terrorisme, de sanctions internationales, de protection des clients, des données et d’éthique.
La conformité n’est donc pas seulement une obligation réglementaire ; c’est un levier de confiance pour les clients, les partenaires, les actionnaires et les régulateurs.
Le Compliance Manager est souvent perçu comme celui qui contrôle, interdit ou dit “non”. Est-ce une image fidèle de votre métier ou un cliché qu’il est temps de déconstruire ? Qu’est-ce que les gens ne voient pas ?
C’est certainement l’un des plus grands clichés de notre métier. Le rôle du Compliance Manager n’est pas de bloquer les initiatives, mais de permettre à l’entreprise de grandir de façon durable et sécurisée. Notre mission consiste à accompagner les équipes afin qu’elles atteignent leurs objectifs tout en maîtrisant les risques réglementaires et réputationnels.
Ce que les gens voient moins, c’est tout le travail de collaboration, de conseil, de formation et de recherche de solutions qui se cache derrière les contrôles. Nous travaillons quotidiennement avec les équipes commerciales, techniques, financières, juridiques et opérationnelles pour trouver des solutions conformes mais également pragmatiques et adaptées aux réalités du business.
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Après deux décennies dans les télécommunications, se lève-t-on toujours avec le même enthousiasme ? Qu’est-ce qui continue de vous stimuler au quotidien ?
Absolument. Le secteur des télécommunications et des services financiers mobiles évolue à une vitesse remarquable. Chaque année apporte de nouveaux produits, de nouvelles attentes clients, de nouvelles technologies et de nouvelles exigences réglementaires.
Ce qui me stimule particulièrement, c’est l’opportunité d’apprendre en permanence, de résoudre des problématiques complexes et de contribuer à l’innovation tout en protégeant l’entreprise contre des risques de plus en plus sophistiqués.
Quel est le défi le plus marquant que vous ayez eu à relever au cours de votre carrière, et qu’en avez-vous retenu ?
Parmi les défis les plus marquants, je citerais la mise en place et l’optimisation du dispositif de surveillance des transactions et de lutte contre le blanchiment des capitaux dans un environnement caractérisé par une très forte croissance des volumes d’opérations.
Il s’agissait de trouver le bon équilibre entre les exigences réglementaires, l’expérience client et les impératifs business. Cette expérience m’a appris qu’une gestion efficace des risques repose avant tout sur la collaboration, la qualité des données, l’utilisation intelligente de la technologie et une amélioration continue des contrôles.
J’en ai également retenu qu’aucune fonction ne peut réussir seule : la conformité est une responsabilité collective qui mobilise toute l’entreprise.
” L’IA ne remplacera pas le professionnel de la conformité. En revanche, elle transformera profondément notre manière de travailler et renforcera l’importance du jugement humain dans la prise de décision
Selon vous, quelles sont les trois qualités indispensables pour réussir dans les métiers de la conformité ?
Au regard de mon expérience dans les télécommunications et les services financiers mobiles, je retiendrais :
- L’intégrité, d’abord, car la conformité repose sur la confiance, l’éthique et la capacité à prendre les bonnes décisions, même lorsqu’elles sont difficiles.
- La vigilance et l’esprit d’analytique, ensuite, pour détecter et comprendre les risques émergents, interpréter les réglementations et identifier les signaux faibles au sein de volumes importants de données.
- L’agilité, afin de s’adapter à un environnement réglementaire et technologique en constante évolution.
Un bon professionnel de la conformité doit être capable d’anticiper les risques, d’accompagner les décisions stratégiques et de rester fidèle aux principes éthiques qui protègent l’entreprise et ses parties prenantes.
À mes yeux, le succès dans ce métier repose autant sur l’expertise technique que sur la capacité à créer une véritable culture de conformité au sein de l’organisation.

L’intelligence artificielle bouleverse de nombreuses fonctions en entreprise. Comment transforme-t-elle votre métier ? Est-elle davantage une opportunité ou une source de nouveaux risques ?
L’intelligence artificielle représente à la fois une formidable opportunité et une nouvelle source de risques. Du côté des opportunités, elle permet d’améliorer la détection des opérations suspectes, d’automatiser certaines tâches de contrôle, d’analyser de grands volumes de données et de renforcer les processus KYC grâce à la reconnaissance documentaire et à l’automatisation des vérifications.
Cependant, elle soulève également de nouveaux enjeux liés à la protection des données, à la qualité des modèles, aux biais algorithmiques, à la cybersécurité et à la gouvernance technologique.
À mon sens, l’IA ne remplacera pas le professionnel de la conformité. En revanche, elle transformera profondément notre manière de travailler et renforcera l’importance du jugement humain dans la prise de décision.
Quel conseil donneriez-vous à un jeune professionnel qui souhaite faire carrière dans la compliance ou, plus largement, dans les métiers de la gouvernance et de la gestion des risques ?
Je lui conseillerais d’abord de développer une solide culture du risque et de la réglementation, mais également de chercher à comprendre le fonctionnement concret des activités du secteur dans lequel il s’intéresse.
La meilleure conformité est celle qui comprend le métier qu’elle accompagne. Je lui recommanderais en plus, de développer ses compétences en analyse de données, en gestion de projet et en communication, car ces aptitudes deviennent de plus en plus stratégiques.
Enfin, il est important de rester curieux, de se former continuellement.
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Être Compliance Manager, c’est transformer les exigences réglementaires en opportunités de confiance, de performance et de création de valeur durable
Avec le recul que vous donnent vingt années d’expérience, y a-t-il une leçon de carrière que vous auriez aimé connaître plus tôt ?
Oui. J’aurais aimé comprendre plus tôt que l’expertise technique, aussi importante soit-elle, ne suffit pas à elle seule. La capacité à bâtir des relations de confiance, à collaborer avec des profils différents et à influencer positivement les décisions est tout aussi essentielle. Les meilleures solutions sont souvent le résultat d’une intelligence collective plutôt que d’une expertise individuelle.
Cette leçon m’accompagne aujourd’hui dans mon rôle de manager, où l’accompagnement et le développement des équipes occupent une place importante.
Enfin, si vous deviez résumer votre métier en une phrase, ou convaincre quelqu’un de s’y intéresser, que lui diriez-vous ?
Être Compliance Manager, c’est transformer les exigences réglementaires en opportunités de confiance, de performance et de création de valeur durable. Dans un monde où les risques évoluent aussi vite que les technologies, la conformité est un partenaire stratégique qui aide l’entreprise à avancer avec confiance.