Pendant longtemps, les grandes entreprises africaines ont confié leurs problématiques les plus stratégiques à des cabinets internationaux. Mais le paysage est en train de changer. Portés par une nouvelle génération d’experts formés dans les administrations publiques, les organisations internationales et les grands réseaux mondiaux, plusieurs cabinets panafricains entendent désormais jouer dans la cour des grands.
Parmi eux, EB-Partners Group. Fondé en 2021 par Emile BITOUNGUI après un parcours de vingt ans dans l’administration fiscale camerounaise et une expérience au sein de KPMG Afrique centrale, le groupe revendique aujourd’hui une approche intégrée du conseil et une ambition continentale.
Pouvez-vous revenir sur votre parcours et sur ce qui a motivé la création d’EB-Partners Group ?
Mon parcours est celui d’un homme de terrain, formé dans l’administration fiscale, consolidé par l’expérience internationale et consacré par l’entrepreneuriat. J’ai servi pendant vingt ans au sein de la Direction Générale des Impôts du Cameroun, où j’ai participé à des réformes majeures, piloté plus de mille contrôles fiscaux et contribué à renforcer la mobilisation des recettes publiques.
J’ai ensuite rejoint KPMG Afrique Centrale en qualité de Directeur Fiscal & Juridique, ce qui m’a offert une exposition régionale et multi-juridictionnelle dans quatre pays de la CEMAC, au contact des grands groupes, des institutions et des bailleurs.
La création d’EB-Partners, en 2021, répondait à un constat simple : l’Afrique centrale avait besoin d’un cabinet africain de dimension internationale, capable d’offrir une expertise du niveau des Big Four tout en valorisant les compétences locales. La réglementation communautaire, notamment en matière de conseil fiscal, consacre par ailleurs l’idée que certaines expertises doivent rester sous contrôle des nationaux et interdit l’exercice en CEMAC de l’activité par des structures placées sous le contrôle ou le label de sociétés d’obédience étrangère.
J’ai compris que la souveraineté fiscale et économique de la sous-région passait par des cabinets locaux solides, structurés, conformes aux textes et capables de rivaliser, en qualité, avec les grandes firmes internationales. J’ai donc voulu bâtir un groupe panafricain structuré, conforme aux standards internationaux, mais profondément enraciné dans notre réalité économique, sociale et culturelle.
Si vous deviez définir l’ADN de votre Groupe en trois mots, lesquels retiendriez-vous ?
Je retiendrais : Excellence, Intégrité et Indépendance.
Excellence, parce que nous avons construit un groupe capable de rivaliser avec les multinationales en termes d’organisation, de méthodologie et de qualité de service. Nous nous imposons des standards d’exigence qui n’ont rien à envier aux grandes firmes internationales.
Intégrité, parce que dans nos métiers, la confiance est l’actif le plus précieux. Elle ne se décrète pas, elle se construit par la rigueur technique, la transparence et la cohérence de nos positions, même lorsqu’elles ne sont pas « confortables ».
Indépendance, enfin, parce que notre force est d’offrir une expertise africaine autonome, sans dépendance ni influence extérieure, au service de la souveraineté économique des États et des entreprises. Nous avons fait le choix de ne pas fonctionner sous franchise ni sous label étranger. Cela nous permet de parler avec une liberté totale, dans le respect des textes communautaires et dans l’intérêt exclusif de nos clients et partenaires.
En chiffres, que représente EB-Partners Group aujourd’hui ?
EB-Partners est aujourd’hui une holding panafricaine structurée autour de six entités spécialisées : Droit & Fiscalité, Douanes, Audit, Ressources Humaines, Services Externalisés et Financements Structurés.
Nous opérons sur l’ensemble de l’Afrique centrale, avec une implantation en extension progressive et avons réalisées en Afrique de l’Ouest quelques missions ciblées en rapport avec le droit OHADA et la Douane. Le management cumule plus de 93 années d’expérience internationale au sein de grandes firmes et d’organisations publiques. Le Groupe compte actuellement 41 collaborateurs internes et 19 collaborateurs externes, avec 5 associés couvrant les principales Business Units.
Nous réalisons environ 200 missions par an, pour un portefeuille allant des multinationales aux institutions financières, en passant par les acteurs du marché boursier, des infrastructures, de l’énergie, des télécommunications, de l’industrie ou des services. Notre feuille de route prévoit un ancrage renforcé en Afrique centrale et une extension vers l’Afrique de l’Ouest, avec un hub en Côte d’Ivoire.
Avec plus de 20 ans d’expérience, garde-t-on encore le même appétit au travail ?
Oui, et même davantage. L’expérience approfondit le regard, mais ne remplace jamais la passion du métier. Chaque dossier présente son lot de complexité, d’enjeux, de contraintes politiques ou budgétaires. Ce qui nourrit ma motivation, c’est l’impact concret de notre travail : sécuriser des investissements, accompagner des réformes, structurer des financements, résoudre des contentieux majeurs.
Ce qui ravive la flamme, c’est la diversité des problématiques. Aucun dossier n’est identique à un autre. Ce métier impose une véritable modestie intellectuelle : l’obligation permanente d’apprendre, de se mettre à jour, de se réinventer au quotidien. Il y a un vrai plaisir, presque artisanal, à détecter une faille processuelle, une incomplétude juridique ou comptable, à « démêler l’écheveau » et à sécuriser la trésorerie d’un opérateur ou encore à lever un blocage administratif sur un projet d’investissement.
Un exemple très récent : une intervention en matière de structuration fiscale et réglementaire dans un projet d’infrastructures où, en revisitant la chaîne juridique, fiscale et financière, nous avons permis de réduire substantiellement le cout de l’investissement tout en acquittant le juste impôt. Ce type de résultat est un carburant puissant.
Comment analysez-vous le retrait de PwC et EY d’Afrique subsaharienne ? Le marché devient-il moins attractif ?
Je ne crois pas que le marché soit moins attractif. J’y vois plutôt un repositionnement stratégique global de ces groupes, confrontés à une évolution des risques opérationnels et réglementaires, ainsi qu’à une réévaluation de leurs priorités géographiques.
Leur politique de gestion des risques s’accommode de moins en moins de la forte présence d’entités publiques et parapubliques dans leurs portefeuilles africains, et de la complexité fluctuante des environnements normatifs.
Par ailleurs, la réglementation communautaire en matière de conseil fiscal, notamment dans la zone CEMAC, encadre strictement l’exercice des activités de conseil par des structures sous contrôle ou sous label étranger. Beaucoup d’activités étaient devenues difficilement soutenables juridiquement.
Pour moi, ce retrait marque surtout un changement de paradigme : le marché se régionalise et l’expertise locale devient incontournable. Les États, les institutions et les entreprises recherchent désormais des partenaires enracinés dans la réalité africaine, capables d’articuler conformité internationale et pertinence locale.
Sur le plan pratique, les entreprises anciennement accompagnées par ces multinationales ne se portent pas moins bien. Leur présence n’est pas indispensable. Les domaines d’expertise sensibles — fiscalité, audit, conseil réglementaire — touchent à la souveraineté économique dans ses aspects de gouvernance de la donnée.
Quand une firme internationale audite une entreprise stratégique locale, elle remonte des informations économiques et financières vers une maison mère étrangère ; cela pose des questions légitimes en termes de sécurité économique. À mon sens, le retrait observé est un mouvement qui, s’il est accompagné d’un respect strict des textes, va dans le sens de la protection et de la valorisation de l’expertise locale.
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Lorsqu’une firme internationale audite ou conseille une entreprise stratégique locale, des informations juridiques, fiscales, économiques et financières remontent nécessairement vers une maison mère étrangère. La sécurité économique de nos États est directement engagée
Ce retrait profite-t-il aux cabinets panafricains comme le vôtre ? Voyez-vous déjà des retombées ?
La sortie des Big Four ouvre mécaniquement un espace considérable pour les cabinets panafricains structurés, crédibles et techniquement solides. Il est encore un peu tôt pour mesurer l’ampleur du transfert, d’autant qu’une partie des portefeuilles a été redéployée via des structures créées à cet effet.
Cela dit, nous observons une augmentation des sollicitations, y compris sur des missions effectuées prioritairement par les multinationales. Nous avons ainsi mené des missions relatives aux prix de transfert, aux structurations financières complexes, aux due diligence pré- acquisition. Mais davantage et ceci va au-delà de ce que ces multinationales n’ont jamais exécuté dans notre environnement, EB-Parners Group a apporté son assistance aux Etats de la sous régions dans la réforme des administrations publiques, notamment les administrations de Douane.
Aussi, de notre point de vue, il ne s’agit pas d’un « effet d’aubaine » mais de la poursuite naturelle de notre trajectoire. EB-Partners bénéficie d’un avantage évident : nous maîtrisons l’architecture juridique et fiscale régionale, la réglementation locale, les réalités économiques, et nous sommes plus agiles dans l’exécution. Nous sommes également pleinement alignés avec les textes communautaires, ce qui nous permet d’intervenir sans fragilité juridique. À moyen terme, ce repositionnement du marché va clairement renforcer la place des cabinets panafricains.

EB-Partners s’est construit comme un écosystème pluridisciplinaire. Quelle logique a guidé cette diversification ?
La diversification répond à une vision claire : la performance des organisations repose sur une approche intégrée. Dans la vie d’une entreprise, le droit, la fiscalité, l’audit, la douane, les RH et la finance ne sont jamais des silos étanches. Chaque décision importante a des implications simultanément juridiques, fiscales, sociales et financières.
Notre logique a donc été d’offrir un véritable guichet unique de compétences, capable d’accompagner une entreprise ou une institution depuis sa structuration juridique jusqu’à son expansion financière, en passant par la sécurisation de ses opérations et la gestion de son capital humain.
Nous fonctionnons, en quelque sorte, comme un « mall » de services professionnels : pour une problématique donnée, nous mobilisons plusieurs expertises en même temps. Prenez un dossier fiscal par exemple. EB-Partners apportera la solution fiscale certes, mais aussi les précautions juridiques à intégrer, les impacts comptables des différentes options proposées, et le regard financier sur la soutenabilité de la solution. Le client peut alors décider en toute connaissance de cause. C’est cette vision holistique et intégrée qui fait notre différence.
” Notre ambition est d’ancrer EB-Partners en Afrique de l’Ouest, avec un hub en Côte d’Ivoire. Le modèle du Groupe a vocation à être répliqué sous forme de franchise contrôlée, afin de garantir l’homogénéité de nos standards sans diluer notre identité ni notre niveau d’exigence.
En 2026, doit-on s’attendre à l’émergence d’une nouvelle entité au sein d’EB-Partners ?
Nous travaillons à renforcer nos capacités sur deux axes majeurs : la digitalisation et la gestion stratégique des données. Le conseil professionnel doit anticiper les mutations technologiques,
réglementaires et environnementales. Nous avons engagé un chantier de réforme du pôle Global Legal afin d’en faire un centre juridique de tout premier plan, intégrant pleinement les enjeux de conformité, de gestion stratégique des données et de risques opérationnels.
Parallèlement, notre développement passe aussi par l’expansion géographique. Notre ambition est d’ancrer EB-Partners en Afrique de l’Ouest, avec un hub en Côte d’Ivoire. Le modèle du Groupe a vocation à être répliqué sous forme de franchise contrôlée, afin de garantir l’homogénéité de nos standards sans diluer notre identité ni notre niveau d’exigence.

Dans vos métiers, les talents sont rares. Quelle est votre « arme secrète » pour fidéliser les collaborateurs ?
Un collaborateur qui rejoint EB-Partners doit pouvoir, s’il en a l’ambition et la constance, se projeter comme associé dans une quinzaine d’années. C’est la promesse de départ. À nous de créer les conditions pour que cette projection soit crédible.
Cela passe par plusieurs leviers : un encadrement de proximité, le mentorat des aînés, un processus d’évaluation participatif et permanent, des formations continues ciblées, la fixation d’objectifs individuels et collectifs clairs. Le collaborateur doit sentir qu’il progresse, qu’il gagne en responsabilité et en exposition, et qu’il peut bâtir une carrière entière au sein du Groupe. À condition, bien sûr, qu’il soit lui-même aligné avec nos valeurs et nos exigences.
Notre « arme secrète » tient sur trois piliers :
- une culture d’excellence et de transmission, où l’on ne garde pas le savoir pour soi ;
- une trajectoire de carrière lisible, adossée à des missions à forte valeur ajoutée ;
- une vision panafricaine, qui offre de vraies perspectives de mobilité, d’ouverture et de leadership.
Retenir nos talents c’est leur donner des raisons profondes de rester, de progresser et de s’accomplir. L’un de nos meilleurs exemples est notre associée Tax & Legal. Elle a rejoint EB – Partners en tant que Manager et, grâce à la combinaison de ses mérites et de notre politique de promotion interne, elle est aujourd’hui associée et pilote plusieurs pôles stratégiques.
Enfin, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour les dix prochaines années ?
Pour EB-Partners, on peut nous souhaiter d’avoir, à horizon dix ans, une vingtaine d’associés répartis dans différents pays et différentes branches d’activité, et de consolider notre position de référence panafricaine du conseil intégré. Nous voulons renforcer notre contribution aux réformes publiques, participer à l’amélioration de l’organisation et la régulation économique et continuer à bâtir une véritable école africaine d’excellence en matière de conseil.
Pour moi, personnellement, on peut me souhaiter de continuer à servir la profession, transmettre à la nouvelle génération l’exigence, la rigueur et les valeurs qui ont guidé mon parcours. Et, le moment venu, me retirer en laissant derrière moi une œuvre qui me survive, un groupe solide où les pionniers et fondateurs sont honorés par la permanence de leurs noms sur les murs et, surtout, par la qualité du travail qui continue de s’y faire.
