À la tête de Logivo, entreprise panafricaine spécialisée dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement et la logistique industrielle, Arthur Voukeng orchestre depuis une offensive commerciale inédite : 2 millions de dollars co-investis pour structurer un corridor logistique Chine–Afrique, et le lancement de KayaPoint, une plateforme digitale de consolidation cargo destinée aux importateurs africains.
Pouvez-vous présenter Logivo à ceux qui vous découvrent, et nous dire quelle vision porte cette nouvelle phase d’expansion ?
Logivo est une entreprise construite sur l’idée d’accélérer l’industrialisation et le commerce mondial. Nous le faisons à travers la logistique, la construction d’industries, la gestion des chaînes d’approvisionnement et la logistique lourde. La vision que nous portons à travers cette nouvelle phase d’expansion, c’est l’accélération des échanges commerciaux Chine–Afrique à travers la modernisation de l’infrastructure, la technologie et la présence effective sur le terrain.
Aujourd’hui, Logivo intervient sur l’ensemble de la chaîne de valeur du commerce et de l’industrialisation en Afrique. De la gestion intégrée des chaînes d’approvisionnement 360° pour des organisations telles que Chococam au Cameroun, la Chambre de Commerce du Sénégal, ou encore la Pharmacie Centrale de Conakry, jusqu’à la gestion logistique pour de multiples partenaires et clients à travers le continent, notre mission est de connecter les marchés africains aux capacités industrielles mondiales.
Nous collaborons également avec des partenaires industriels internationaux comme AYOKI sur des projets d’implantation d’usines à travers l’Afrique, avec un accent particulier sur les cimenteries, sucreries, centrales électriques, raffineries d’or et infrastructures industrielles stratégiques. En parallèle, nous accompagnons les PME, industriels et traders africains dans leurs opérations d’approvisionnement, de logistique internationale, de sourcing et de développement commercial.
Notre activité s’étend aussi à l’exportation de matières premières et commodités africaines vers l’Asie et l’Europe, contribuant ainsi à renforcer les échanges commerciaux internationaux et à créer des chaînes de valeur plus performantes entre l’Afrique et le reste du monde.
Depuis plusieurs années, les importateurs africains se plaignent des coûts logistiques élevés, des délais imprévisibles et du manque de visibilité sur les flux entre la Chine et l’Afrique. Est-ce ce constat qui a poussé Logivo à investir dans cette nouvelle infrastructure logistique ?
Absolument. Ce constat, nous le vivons quotidiennement dans nos opérations. Un importateur camerounais, nigérian ou sénégalais qui achète en Chine fait face à une chaîne fragmentée et très coûteuse : des intermédiaires multiples, une opacité totale sur les coûts réels, des délais qui varient du simple au triple selon la saison et le port.
Ce que nous avons voulu construire, c’est une infrastructure lisible, prévisible et digitale. Ces 2 millions de dollars co-investis, ce sont des entrepôts, des équipes locales, des systèmes de tracking, des opex, autant de briques concrètes pour que l’importateur africain sache exactement, combien lui coûte sa logistique, où est sa marchandise, et quand elle arrive.
Vous lancez également KayaPoint, présentée comme une plateforme de consolidation cargo. Concrètement, de quoi s’agit-il et qu’est-ce que cela change pour une PME ou un commerçant qui importe depuis la Chine ?
En résumé, nous avons construit un total de 65 000 m² d’entrepôts dédiés à la consolidation de marchandises. KayaPoint, c’est la plateforme digitale qui permet à n’importe quel importateur qu’il commande un conteneur ou seulement quelques palettes d’accéder à nos infrastructures, d’obtenir un devis instantané, de suivre son cargo en temps réel et de planifier ses livraisons.
Concrètement, pour une PME qui importait en CBM partiel à des coûts prohibitifs, KayaPoint permet de mutualiser les espaces avec d’autres importateurs, de réduire significativement le coût au mètre cube et de bénéficier de la traçabilité qui était jusqu’ici réservée aux grands groupes.
À quels profils d’entreprises ou d’opérateurs KayaPoint s’adresse-t-elle en priorité ?
Arthur Voukeng : Notre cœur de cible, ce sont les PME, les commerçants indépendants et les importateurs en gros qui ne disposent pas du volume suffisant pour remplir un conteneur entier mais qui ont des besoins récurrents. C’est également les e-commerçants africains en pleine croissance, qui ont besoin de délais maîtrisés pour honorer leurs commandes. Et de manière croissante, nous travaillons avec des industriels qui cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en matières premières ou en équipements depuis l’Asie. En réalité, KayaPoint s’adresse à quiconque importe depuis la Chine et veut passer d’un système artisanal à une infrastructure professionnelle.
En quoi KayaPoint se différencie-t-elle des solutions logistiques déjà présentes sur le marché ?
Arthur Voukeng : La différence fondamentale, c’est l’intégration verticale. La plupart des solutions disponibles aujourd’hui sont soit des courtiers qui vous mettent en relation avec des transporteurs, soit des plateformes de tracking sans contrôle réel sur la chaîne. Nous, nous contrôlons les entrepôts, nous gérons la consolidation physique, nous supervisons le dédouanement et nous assurons la livraison last-mile dans les pays de destination.
KayaPoint n’est pas un agrégateur ; c’est une infrastructure propriétaire avec une interface digitale. À cela s’ajoute notre ancrage réel en Chine, depuis Shanghai, Foshan, Yiwu, Guangzhou et Hebei, qui nous permet d’intervenir directement auprès de 1700 fournisseurs partenaires de Logivo si nécessaire. C’est une combinaison que peu d’acteurs peuvent offrir sur le corridor Chine–Afrique.
Quel impact concret espérez-vous avoir sur les coûts d’importation pour les entreprises africaines ? Avez-vous une estimation du gain moyen ?
Nos premiers retours terrain indiquent des économies allant de 20 à 40 % sur le coût logistique total pour les importateurs qui passent par la consolidation versus une expédition individuelle. Ces économies proviennent de plusieurs leviers : la mutualisation des espaces cargo, la réduction des marges intermédiaires et des délais optimisés qui diminuent les coûts de stockage en attente.
Sur le long terme, notre ambition est de ramener le coût logistique Chine–Afrique à un niveau comparable à ce qu’un importateur européen ou américain paie pour ses approvisionnements asiatiques. C’est un objectif ambitieux, mais c’est ce qui guide nos décisions d’investissement.
De nombreux petits importateurs africains restent encore dépendants de circuits informels ou semi-structurés. Comment convaincre ce marché de migrer vers des solutions plus organisées et digitalisées ?
La réponse est simple : par les résultats. Le circuit informel a la vie dure parce qu’il offre une certaine flexibilité et une relation humaine que les plateformes froides ne savent pas reproduire. Ce que nous faisons chez KayaPoint, c’est allier la rigueur d’une infrastructure formelle à la proximité d’un service humain. Nos équipes locales dans chaque pays de destination parlent les langues du marché, comprennent les contraintes des petits importateurs et les accompagnent dans la transition.
Par ailleurs, la digitalisation n’est pas une fin en soi ; c’est un outil. Quand un commerçant voit qu’il peut suivre son conteneur sur son téléphone et recevoir une alerte dès l’arrivée au port, il adopte naturellement l’outil. Le reste suit.
Cinq capitales africaines ont été choisies pour ce premier déploiement. Lesquelles, et quels critères ont guidé cette sélection ?
Les cinq marchés de ce premier déploiement sont Douala, Lagos, Dakar, Abidjan et Accra. Le critère principal a été le volume d’importations depuis la Chine et le dynamisme des écosystèmes PME locaux. Ces cinq marchés représentent ensemble une part très significative du commerce Chine–Afrique subsaharienne.
Nous avons également tenu compte de la qualité des infrastructures portuaires et douanières, ainsi que de la présence de partenaires locaux de confiance. Mais soyons clairs : ce n’est qu’un point de départ. D’ici 2028, notre ambition est d’être présents dans une quinzaine de pays africains.
Le commerce Chine–Afrique continue de croître, mais beaucoup estiment que l’Afrique reste un marché logistique sous-structuré. Quel regard portez-vous sur cette réalité ?
C’est une réalité indéniable, mais je la lis comme une opportunité colossale plutôt que comme un handicap. Sous-structuré signifie que le terrain est vierge pour ceux qui ont la vision et les ressources pour construire. Ce dont l’Afrique a besoin, c’est d’acteurs qui investissent dans l’infrastructure physique; entrepôts, corridors de transport, zones logistiques autant que dans la technologie. Trop souvent, on a voulu digitaliser une logistique qui n’existait pas encore physiquement.
Chez Logivo, nous construisons les deux simultanément. Pour accélérer la modernisation logistique du continent, il faut aussi des politiques publiques cohérentes, une harmonisation des régimes douaniers entre pays africains et davantage de financements dédiés aux infrastructures de transit. La Zone de Libre-Échange Continentale Africaine est une opportunité formidable si elle s’accompagne d’une infrastructure logistique à la hauteur.
Quelles sont désormais les ambitions de Logivo Group en Afrique, notamment dans le renforcement des échanges entre la Chine et le continent africain ?
Logivo Group se positionne comme le partenaire logistique de référence pour l’industrialisation de l’Afrique. À court terme, consolider et développer KayaPoint sur les cinq marchés de lancement. À moyen terme, étendre notre réseau d’entrepôts en Afrique de l’Ouest et de l’Est en plus de ceux de notre partenaire et développer des corridors de fret aérien pour les marchandises à haute valeur ou urgentes.
Notre vision à horizon 2030, c’est de devenir l’infrastructure standard qui connecte l’Afrique au reste du monde pas seulement à la Chine, mais aussi à l’Inde, à l’Europe, aux Amériques. Nous voulons que KayaPoint soit pour l’importateur africain ce qu’Amazon Logistics est pour le e-commerçant américain : invisible, fiable, et incontournable.
Un dernier mot ?
Nous Voulons d’abord remercier tous les partenaires, investisseurs et équipes qui ont cru en cette vision alors qu’elle n’était encore qu’une idée. Ce que nous construisons avec KayaPoint et Logivo, ce n’est pas seulement une entreprise ; c’est une contribution à l’autonomie économique de l’Afrique. Chaque PME qui importe de manière plus efficace, c’est un emploi préservé, un prix de vente plus compétitif, une entreprise qui grandit. C’est cela notre raison d’être. Et nous ne faisons que commencer. Faites nous confiance!