Dans les périodes d’abondance, les écarts de leadership passent souvent inaperçus. Mais lorsque les ressources se raréfient, lorsque les entreprises peinent à atteindre leurs objectifs, lorsque les États s’endettent davantage qu’ils ne produisent, lorsque les populations demandent plus de résultats que de discours, une question devient incontournable :
Quel type de leader avons-nous placé aux commandes ?
D’un côté, le leader de jouissance. De l’autre, le leader de responsabilité. Le premier considère le pouvoir comme une récompense. Le second le considère comme une mission. Le premier cherche d’abord les privilèges de la fonction. Le second assume d’abord les exigences de la fonction.
Le premier augmente les signes extérieurs de pouvoir lorsque les difficultés s’intensifient. Le second renforce la discipline, l’exemplarité et la rigueur. Le premier se demande ce qu’il peut obtenir de son mandat. Le second se demande ce qu’il peut laisser derrière lui.
Le premier consomme le capital hérité. Le second construit le capital qui sera transmis. Le premier cherche à être servi. Le second choisit de servir.
Le premier s’entoure de personnes qui l’applaudissent. Le second recherche des personnes capables de le challenger et de lui dire la vérité. Le premier pense au prochain avantage. Le second pense à la prochaine génération.
L’histoire nous enseigne que les grandes transformations ont rarement été conduites par des dirigeants préoccupés avant tout par leur confort personnel. Elles ont été portées par des femmes et des hommes capables de différer leur satisfaction immédiate pour construire un avenir collectif plus solide.
La responsabilité dont il est question ici n’est pas le refus du progrès. Ce n’est pas davantage la glorification de la privation. C’est la capacité à distinguer l’essentiel de l’accessoire.
C’est la discipline qui consiste à faire passer la mission avant les privilèges. C’est le courage de montrer l’exemple lorsque les temps deviennent difficiles.
Peut-être que le principal défi de l’Afrique n’est pas seulement économique, financier, technologique ou institutionnel. Peut-être est-il avant tout un défi de leadership.
Car aucun pays, aucune entreprise, aucune organisation ne peut durablement prospérer lorsque ceux qui la dirigent consomment davantage de valeur qu’ils n’en créent.
La vraie question n’est donc pas de savoir combien de leaders nous avons. La vraie question est : avons-nous suffisamment de leaders prêts à sacrifier une partie de leur confort pour construire davantage d’opportunités pour les autres ?
L’Afrique ne manque ni d’intelligence, ni de ressources, ni de talents. Elle a besoin de davantage de leaders qui considèrent le pouvoir comme une responsabilité plutôt que comme une récompense.
Des leaders qui pensent davantage à l’héritage qu’ils laisseront qu’aux privilèges dont ils profiteront.
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