Le Cameroun tient désormais le tout premier directeur général de la Société camerounaise d’électricité (Socadel), nouvelle entité publique née de la nationalisation d’Eneo. Nommé le 5 mai 2026, au lendemain de la désignation des membres du conseil d’administration le 4 mai, Oumarou Hamandjoda prend les rênes d’une entreprise stratégique, au cœur des enjeux énergétiques du pays.
Cet ingénieur de formation, âgé de 62 ans et originaire de l’Extrême-Nord, cumule près de 25 ans d’expérience dans le secteur énergétique. Il prend la tête d’une entreprise totalement détenue par l’État camerounais, mais qui doit faire face à de sérieuses difficultés financières et opérationnelles
Un parcours construit au cœur des grandes transformations énergétiques
Le destin d’Oumarou Hamandjoda dans l’énergie commence en 1992, lorsqu’il part se former en Russie en tant qu’ingénieur stagiaire chez Hydroprojet, où il se spécialise dans la conception de petites centrales hydroélectriques. Une première immersion technique qui pose les fondations d’une carrière résolument tournée vers la maîtrise du secteur électrique dans toutes ses dimensions.
Il rejoint ensuite la Société Financière Internationale (IFC), bras financier de la Banque mondiale, en tant qu’investment officer. Là, il est principalement chargé du suivi du processus de privatisation de la Sonel — la Société nationale d’électricité du Cameroun — et de la SEEG, la Société d’énergie et d’eau du Gabon. Deux dossiers qui, déjà, l’inscrivent au cœur des transformations structurelles du secteur énergétique en Afrique centrale.
Entre 2003 et 2009, il intègre le Secrétariat général de la Présidence de la République du Cameroun, où il pilote des dossiers stratégiques touchant à l’eau, à l’énergie et aux grands projets structurants du pays.
De l’ombre d’Eneo à la lumière de la Socadel
En août 2009, Oumarou Hamandjoda rejoint AES Corporation — qui deviendra Eneo — en tant que directeur général adjoint. Il y supervise les activités de production, la gestion des ouvrages de régulation, leur transfert à l’Electricity Development Corporation (EDC), les investissements et les relations avec le gouvernement camerounais. Un rôle central dans l’architecture de la distribution de l’électricité au Cameroun, qu’il occupera sans discontinuer, même après la transition vers Eneo Cameroon S.A. en septembre 2014.
Parallèlement à ses fonctions opérationnelles, il mène pendant plus de quatorze ans des activités d’enseignement et de recherche à l’École nationale supérieure Polytechnique de l’Université de Yaoundé 1, d’abord comme Research Associate Professor (2011–2018), puis comme Full Professor depuis décembre 2018. Ses travaux portent principalement sur la production et la distribution de l’énergie, le mix énergétique et les processus innovants du secteur.
Un héritage lourd, un chantier immense
Sa nomination intervient dans un contexte particulier. En novembre 2025, l’État camerounais avait racheté la totalité des 51 % de parts détenues par le fonds britannique Actis dans Eneo, pour un montant de 78 milliards de francs CFA. La structure rebaptisée Socadel hérite d’un secteur que le gouvernement lui-même qualifie de fragilisé par un déséquilibre financier profond : retards de paiement chroniques envers les producteurs indépendants comme Nachtigal, Kribi et Memve’ele, tensions avec la Sonatrel (Société nationale de transport d’électricité), et défaillances opérationnelles persistantes.
À cela s’ajoute le fléau de la fraude, qui capte près de 15 % du système et génère une perte annuelle estimée à 60 milliards de francs CFA. Pour inverser la tendance, un plan d’urgence gouvernemental a été annoncé, articulé autour du refinancement de la dette d’Eneo, de l’instauration d’une discipline de paiement stricte et de l’élargissement du portefeuille de clients industriels.
Ancien de la maison, familier des rouages et des hommes de ce secteur, Oumarou Hamandjoda mesure sans doute l’ampleur de la tâche qui l’attend. Mais sa trajectoire parle pour lui : ingénieur, banquier du développement, haut commis de l’État, manager et académicien, il est l’un des rares profils à cumuler toutes ces dimensions à la fois. Le défi est immense. L’homme, peut-être, est à la hauteur.