« Tous les secteurs sont ouverts à la mobilité internationale, que vous soyez un talent ou un ouvrier » : Laura MENGUE OYONO

Image de Laura MENGUE OYONO, consultante en mobilité internationale

Dans cet entretien, elle décrypte les erreurs les plus courantes observées chez les candidats africains à la mobilité internationale et interroge l’attrait quasi systématique pour certaines destinations

Changer de pays ne signifie pas toujours progresser dans sa carrière. Cette confusion, fréquente dans les projets d’expatriation, est au cœur du travail de Laura MENGUE OYONO. Consultante en mobilité internationale depuis 2022, elle accompagne des talents qualifiés dans des trajectoires professionnelles pensées à l’échelle globale, avec une exigence claire : préserver la cohérence du parcours, la valeur du profil et les perspectives d’évolution.

Bonjour Laura. Pouvez-vous nous parler de votre travail ?

En collaboration avec des cabinets de recrutement internationaux de talents mondiaux depuis exactement 2022, j’accompagne les personnes qualifiées dans leur expatriation en tant que talents ou ouvriers afin de leur assurer une évolution graduelle et professionnelle, tout en se projetant dans leur profil de carrière, particulièrement dans un contexte où beaucoup confondent « immigration travail » et « mobilité internationale des talents mondiaux ».

Concrètement, j’assiste les employés, les talents, cadres d’entreprise et sous certaines conditions des ouvriers, à s’expatrier dans divers continents pour des objectifs professionnels. 

La mobilité internationale couvre aujourd’hui de nombreuses destinations à travers le monde. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager dans ce secteur et d’en faire un véritable projet professionnel ?

J’ai très souvent discuté avec ces employés, cadres, responsable d’entreprise et j’ai effectué  une synthèse de réponse que voici : après avoir atteint les objectifs liés à un leur profil au sein d’une entreprise (le plafond de verre au sein de leur entreprise, gravi tous les échelons, catégories salariales,  acquis de l’expérience, réaliser les prouesses, obtenu des reconnaissances, des médailles), ceux-ci  commencent à  s’ennuyer, perdent l’enthousiasme, commencent à baisser en productivité au travail, ne sont plus du tout motivés, pourtant quelques années avant, après avoir été admis au nouveau poste, ils étaient tout feu, tout flamme !

Résultat : certains commencent à songer à s’engager dans l’entrepreneuriat (même si ça ne va pas avec leur code génétique) ou carrément, à changer de métier à force de répéter les mêmes tâches de leurs postes sans pouvoir se projeter.

Tandis que de l’autre côté du monde, les entreprises peinent à dénicher les talents pour leurs offrir de nouvelles perspectives, des récompenses et surtout des expériences nouvelles.


J’accompagne les personnes qualifiées dans leur expatriation en tant que talents ou ouvriers afin de leur assurer une évolution graduelle et professionnelle


Ce déséquilibre crée un énorme manque à gagner pour les organismes et organisations, sans oublier les multinationales sur la plateforme qu’est le marché du travail. Le problème émane du fait que les différents membres du maillon ne se rencontrent pas.

Ce constat étant effectué, je me suis dit, il faut absolument faire quelque chose sinon nous risquons d’aboutir (si ce n’est déjà le cas) à une implosion d’expertise dans un coin du monde à force de se contenir, et à une sécheresse d’opportunités dans l’autre à cause du manque de talents. Or, il faut équilibrer.

Vous savez, il existe des personnes qui ont décidé de se réaliser en dédiant toute leur vie à leur carrière professionnelle pour mille et une raison. Laisser perdurer un pareil environnement reviendrait à ensevelir ces talents, empêcher les personnes de réaliser leur rêve. Il faut leur donner les opportunités de se réaliser.

Vous accompagnez des projets de mobilité vers différents continents. Comment avez-vous construit cette expertise et quelles sont, selon vous, les clés pour réussir un projet de mobilité internationale, quelle que soit la destination ?

L’idée m’est venue après un constat fait lors de la grande campagne internationale de recrutement à travers le monde effectuée par le Canada au fils des années. Il y a toute une stratégie gouvernementale sur ledit projet et tout le monde peut d’ailleurs le remarquer pour les personnes qui s’intéressent à l’actualité de l’emploi au Canada.

Le constat fut le suivant : beaucoup ont malheureusement mal géré cette transition et sont en train de regretter amèrement. J’ai parlé plus haut de la différence entre « immigration travail » et « mobilité internationale des talents mondiaux ». Ils n’ont pas su faire la différence entre les deux. Ils avaient besoin d’un service de mobilité internationale en tant que talent et non d’un service d’immigration travail !

Je m’explique : Prenons le cas d’un ingénieur en génie civil évoluant dans une excellente catégorie après des années de travail au sein d’une multinationale renommée dans son pays d’origine, qui démissionne pour aller au Canada et occuper un poste de manœuvre de chantier, classifié dans une catégorie de manœuvre (la déprime, je ne vous l’explique pas). Il a rétrogradé sur le plan professionnel or dans ses prédictions, il pensait pouvoir changer d’environnement, tout en évoluant dans sa carrière.

Confondre ces deux notions peut avoir des sérieuses répercussions sur une carrière. Pour ne citer que le cas de cet ingénieur, imaginez la difficulté que peuvent ressentir tous ces milliers de talents si je devais m’arrêter uniquement sur le cas de l’Afrique.

Les stratégies que je recommanderais vivement : différenciez immigration travail et mobilité internationale en tant que talents et définissez ce dont vous avez exactement besoin ; commencez déjà à parler plus d’une langue. Soyez bilingue : Français – Anglais /  Russe – Anglais / Français – Russe… faites des tests de langue ; informez-vous beaucoup sur l’actualité car, un problème aujourd’hui pourrait être une opportunité demain.

N’hésitez pas à confier votre projet de mobilité internationale en tant que talent ou ouvrier à des experts, puisque ceux-ci savent exactement dans quel coin du monde se trouve le besoin de votre profil de carrière, les entreprises concernées et des informations sur la vie dans ces zones du monde.


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En parallèle de cette approche internationale, vous avez développé une expérience particulière autour de la Biélorussie, de la Russie et de certains pays de l’Europe de l’Est, notamment pour les projets d’études et d’installation. Pourquoi avoir choisi de valoriser ces destinations encore peu explorées par le public africain ?

Vous faites bien d’en parler puisque ça reste encore un sujet qui soulève beaucoup d’interrogations. L’histoire nous enseigne que celui qui a l’information contrôle tout le reste, et le malheur de ces pays demeurent le fait que leur langue est encore un mythe pour beaucoup et ça fait de cette zone du monde une zone inconnue.

C’est après avoir moi-même appris à parler Russe, vivre sur place avec eux que j’ai réalisé qu’il s’agit d’une partie du monde riche, en pleine croissance et pleine d’opportunités ! Si ce n’était pas le cas, les dirigeants Africains ne leur feraient pas autant de place comme on peut le remarquer aujourd’hui. 

L’éducation, la discipline ainsi que la rigueur à des coûts extrêmement abordables font leur force ; c’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup d’université en Afrique et même au Cameroun ont de solides partenariats avec eux.

Des formations en très hautes technologies modernes sont offertes aux Africains dans leurs universités. Les jeunes sont énormément privilégiés dans ces zones du monde. Avec de pareils accords, les enfants ont des perspectives puisque dans leur culture l’âge n’est pas un facteur gênant au contraire c’est un atout.

Mon enseignante de Russe était âgée de 23 ans et titulaire d’un Master : rendez-vous compte ! Quel parent ne serait pas fier de voir son jeune enfant autant valorisé !

Laura Mengue OYONO entrain de s’entretenir avec le public sur le vestimentaire africain à l’occasion de la journée dédiée à l’Afrique, organisée chaque année en Biélorussie par la Minsk State Linguistic University

Qu’est-ce qui caractérisent ces pays en matière d’opportunités, notamment pour les études, l’emploi ou l’installation, et en quoi se distinguent-ils des destinations plus populaires comme le Canada ou l’Europe occidentale ?

Dans ces pays, le mérite, la rigueur et la discipline sont au centre de la gouvernance. Vous avez étudié ? Oui ! Alors voici un emploi pour vous. Voilà comment ils réfléchissent en une phrase.

De plus, qui viendra réaliser tous ces projets qui émanent des relations entre ces pays et l’Afrique si ce ne sont ces enfants formés dans leurs écoles ?

La scolarité qui varie très souvent entre 2.000 000 et 3.500 000 de FCFA avec logement, le cout de vie extrêmement abordable, les parents ont ici l’occasion de faire étudier leurs enfants à prix abordables, dans un cadre serein et sécurisant.

Après chaque trimestre, la police vient pour donner des conseils aux étudiant sur la sécurité et vous rassure qu’elle est là pour vous. Les filières en informatique et technologie sont très prisées.




Le malheur de ces pays demeurent le fait que leur langue est encore un mythe pour beaucoup et ça fait de cette zone du monde une zone inconnue



Que répondez-vous aux personnes qui estiment que s’orienter vers ces destinations représente un risque trop important pour un projet d’études, de carrière ou de vie ?

Je me mets à la place de beaucoup de personnes et je réalise que la plus grosse crainte c’est la barrière linguistique. Des personnes qui n’ont jamais parlé Russe s’imaginent dans des pays Russophones.

La bonne nouvelle est que : des dispositions sont prises par ces Etats afin que chaque nouvel arrivant suive les cours de Russe pendant au moins 10 mois ; des enseignants sont qualifiés pour apprendre le Russe aux étrangers.

Certains peuvent suivre des cours en ligne s’ils le veulent bien. Certaines universités au Cameroun actuellement enseignent le Russe.

De manière générale, quels sont aujourd’hui les secteurs et profils les plus recherchés à l’international, et quelles opportunités existent plus spécifiquement en Biélorussie, en Russie et dans les pays de l’Est de l’Europe ?

Je dirais que tous les secteurs sont ouverts à la mobilité internationale, que vous soyez un talent ou un ouvrier. Et pour les parents qui veulent un parcours solide pour leurs enfants, toutes les filières existent : n’importe quelle filière de votre choix vous est ouverte et les formalités administratives sont simplifiées.

À partir de votre expérience de terrain, quelles sont les principales erreurs ou mauvaises interprétations que commettent les candidats à la mobilité internationale, en particulier lorsqu’ils s’orientent vers des destinations moins connues ?

Je ne parlerais que d’une erreur et la plus grave, celle qui est capable de transformer votre rêve en cauchemar, puisqu’elle est le moteur qui donne lieu à toutes les autres : Penser que l’autre est supérieur à vous, mieux que vous et que vous n’avez rien à apporter.

J’irai même plus loin : il y en a qui ne font pas que penser cela, ils y croient et en sont convaincus. Mais il s’agit d’une grave erreur.

Vous sous-estimer vous emmènera à remettre en question votre intellectualisme, vos compétences, votre essence, vos origines, votre impact et votre aptitude à émettre des critiques saines : résultat vous commencez à douter de vous, vous devenez suiveur et non leader de votre carrière et à force de ne plus reconnaitre, vous avez l’impression d’être l’ombre de vous-même et c’est la voie ouverte à la dépression et le découragement.

Enfin, quel message aimeriez-vous adresser à celles et ceux qui hésitent encore à s’ouvrir à des destinations dites « non conventionnelles » et qui restent focalisés sur les parcours migratoires les plus classiques ?

Comme l’a dit un savant : on se construit à la rencontre de l’autre. Si votre but est de vous expatrier en tant que talent, offrir une meilleure opportunité durable à votre enfant, cela devrait passer par des actes conscientisés et non par des mouvements de masse.

De plus, les tendances mondiales changent, les motivations et les plans devraient également changer en suivant l’actualité.

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