Davy-Pacôme NZEKWA : « COFINA souhaite devenir le modèle panafricain de la finance inclusive » 

Entretien avec Davy-pacome Nzekwa, directeur général du Cluster COFINA CEMAC

Dans cet entretien, il dévoile sa feuille de route, ses priorités stratégiques au Congo et au Gabon, et la perspective d’une implantation au Cameroun

Nouveau Directeur Général du Cluster COFINA CEMAC, Davy-Pacôme NZEKWA incarne le dynamisme d’un groupe qui s’impose comme un maillon essentiel entre microfinance et banque traditionnelle. La mésofinance, ce modèle encore peu connu, ouvre des perspectives inédites pour des milliers de PME et de commerçants en Afrique subsaharienne. Nous l’avons rencontré !

Bonjour M. Nzekwa et merci d’avoir accepté cet entretien. Entrons directement dans le vif du sujet : quelle est la vision de Cofina en s’implantant dans la zone CEMAC ? 

    Bonjour et merci pour l’intérêt porté sur ma personne et par ricochet, sur le Groupe COFINA que je représente depuis peu dans la zone CEMAC.

    Nous sommes implantés au Gabon depuis 9 ans, et au Congo depuis 7 ans. En tant que Groupe arrivant de l’Afrique de l’Ouest, il nous a semblé pertinent de démarrer nos activités dans des pays à taille « contrôlable », le temps de bien comprendre les spécificités du marché et d’éprouver notre modèle qui est tout à fait nouveau dans la zone, avant d’aller conquérir de plus gros marchés.

    Le concept de mésofinance reste encore flou pour beaucoup d’acteurs économiques dans la région CEMAC. Pouvez-vous nous expliquer ce que recouvre cette notion, et pourquoi elle est au cœur du modèle Cofina ?

      La Mésofinance, ou encore le « chaînon manquant », est le pont qui relie les banques de la Microfinance classique. Il s’agit d’accompagner le nombre important de commerçants et PME qui n’ont pas accès aux financements des banques (du fait de leur structure encore trop fragile) et qui ont des besoins trop importants pour les établissements de Microfinance classique (tickets allant parfois jusqu’à 200 millions de XAF)

      Les Fondateurs du Groupe COFINA ont jugé pertinent il y a de cela plus de 10 ans, de se mettre ensemble, venant de l’environnement bancaire, pour apporter des solutions aux vaillants promoteurs de PMEs africaines en phase de structuration, et ayant l’ambition de devenir des multinationales dans les 30 ou 50 prochaines années. 

      Nous leur apportons des produits sur mesure, avec l’agilité et la flexibilité requises, pour leur permettre de passer aux différents niveaux de leur croissance, par l’accompagnement financier mais aussi l’éducation financière et de manière plus générale, l’appui à la gestion de leurs structures.

      De manière concrète, je prends l’exemple d’une dame qui distribue des produits alimentaires, et souhaite se faire accompagner pour ouvrir un 2e dépôt. Nous analysons non pas ses états financiers (car elle n’en a pas) mais son activité réelle (son emplacement dans le marché, le flux de personnes qui entrent et sortent, ses factures d’achats et ses cahiers de ventes) et nous reconstituons sa comptabilité sur les 12 derniers mois. 

      Par la suite, dans nos échanges nous parvenons à capter ses charges réelles (elle va parfois oublier ou sous estimer les fonds qu’elle envoie à son fils qui fait ses études à Dakar), et sur la base de sa capacité, nous estimons le niveau d’endettement raisonnable qui lui permettra de faire croître son activité.

      24 mois après l’ouverture de ce 2ème dépôt, elle prendra un autre crédit, cette fois pour disposer de véhicules pour mieux distribuer sa marchandise à ses clients qui ne souhaitent pas se déplacer, on passe alors du crédit en financement de stock, à un crédit d’investissement. 

      On ne lui demandera pas forcément un titre foncier comme le ferait une banque, mais on prendra en gage le véhicule qu’on aura financé, ce qui en cas de mauvaise foi, paralysera son activité et sera un moyen de pression efficace.

      Quelques années après, lorsque notre clientèle aura respecté ses engagements et que son activité aura pris de l’ampleur, elle sera à même non plus d’acheter chez un importateur localement, mais de passer ses commandes directement en Chine, et nous pourrons financer le transport et le dédouanement de la marchandise qu’elle distribuera dans sa chaîne de 5 ou 6 dépôts.

      Au fur et à mesure, notre cliente aura structuré son entreprise, payé ses impôts et ses salariés, mis en place un système de mutuelle au sein de son entreprise pour ses désormais 60 salariés, etc.

      C’est ainsi que nous pourrons réaliser notre mission, qui est : « créer de la valeur ajoutée pour nos partenaires et contribuer durablement au développement du continent africain ». La vision de COFINA est de devenir le modèle panafricain de la finance inclusive.

      Vous prenez vos fonctions dans une zone aux dynamiques contrastées, marquée par des défis structurels importants : faible bancarisation, lourdeurs administratives, volatilité des marchés. Quelles seront vos priorités à court et moyen terme ?

        Nous avons chez COFINA, une expression qui résume ce en quoi nous croyons fermement : « rêver grand prend le même temps que de rêver petit, alors il faut rêver grand. »

        Les challenges que vous citez, sont de belles opportunités que nous allons saisir. Notre modèle, la diversité et la jeunesse de nos équipes, sont autant d’atouts qui nous permettront d’apporter aux acteurs économiques, les réponses que ne sont pas toujours en mesure de leur proposer les banques et les microfinances classiques.

        J’aurai comme priorité première, d’harmoniser les pratiques des 2 filiales sous ma supervision (à savoir le Congo et le Gabon) pour les rendre plus efficientes. 

        Ensuite, il sera question de saisir toutes les opportunités existantes sur ces 2 marchés que nous connaissons déjà assez bien car implantés depuis de longues années. 

        Et enfin, nous irons, si on obtient l’accord du régulateur, sur le marché camerounais, qui représente quand même 50% de la création de richesse de la CEMAC, ce qui justifie largement de s’y trouver.

        Tout ceci devra être porté à chaque fois par 3 objectifs clairs :

        ⚫ La satisfaction de la clientèle (produits adaptés et innovants, rapidité des services, sécurité et simplification des opérations, etc.)

        ⚫ La rentabilité de nos filiales pour satisfaire les actionnaires qui ont cru en nous et investi chez nous

        ⚫ Le respect strict de la gouvernance, pour nous assurer de la confiance des différents acteurs avec en premier lieu le régulateur


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          Le tissu entrepreneurial jeune, féminin et rural est souvent sous-financé. Avez-vous prévu des dispositifs spécifiques pour ces cibles ? Peut-on s’attendre à des produits innovants conçus pour le contexte socio-économique propre à la CEMAC ?

            En Côte d’Ivoire nous avons une filiale dénommée FINELLE (la Finance pour Elle), qui finance en priorité des projets portés à plus de 60% par des femmes. Même si nous ne créerons pas forcément de filiale spécifique en CEMAC, nous proposerons au fur et à mesure des produits orientés vers les femmes qui, il faut le dire (en nous appuyant sur des statistiques) sont plus rigoureuses en gestion financière, que la majorité des hommes.

            Chaque zone économique ayant ses spécificités, l’idée est de nous adapter à nos différents marchés, ce qui cadre avec l’approche du Groupe COFINA, qui est de penser de manière globale, mais d’agir suivant les réalités des différents marchés où nous sommes.



            La vision de COFINA est de devenir le modèle panafricain de la finance inclusive


            Plus largement, quels sont les secteurs qui vont bénéficier en priorité de votre accompagnement ? 

              Au Congo et au Gabon, nous avons défini des cibles sur la base de certains critères, dont le plus important est qu’elles proposent à la population des produits de consommation courante (alimentation/commerce général, santé, ventes de pièces détachées de véhicules, quincaillerie, etc.)

              Pour ces cibles, nous finançons le besoin en fonds de roulement via le stock. Et pour les grosses PMEs faisant partie de la chaîne de valeur des différentes multinationales, nous proposons des avances de trésorerie car on connaît bien les délais parfois longs entre le dépôt d’une facture et son règlement effectif. Et parfois, nos accompagnements concernent l’investissement, lorsqu’une PME souhaite par exemple acquérir du matériel pour accroître son chiffre d’affaires.

              En chiffres c’est plus de 17 Milliards de XAF que nous injectons chaque année dans chacun de nos pays de présence en zone CEMAC (Congo et Gabon), en finançant des acteurs qui sont pour au moins 70% d’entre eux, à leur premier financement. D’ailleurs nous aidons la majeure partie à se formaliser car plusieurs commerçants évoluent dans nos écosystèmes depuis de longues années, dans le secteur dit informel.

              La grande Interview avec Davy-pacome Nzekwa, directeur général du Cluster COFINA CEMAC

              Quel regard portez-vous sur le niveau actuel d’inclusion financière dans la sous-région ? Où se situe le principal blocage ?

                Le constat fait en zone CEMAC est réel, l’inclusion financière est encore à un niveau très bas, en comparaison avec l’Afrique de l’Ouest ou pire encore, l’Afrique de l’Est. La réalité est qu’il est impossible de stopper le changement, et le changement est déjà à nos portes sur ce pan. 

                C’est la raison pour laquelle je ne vois en ce retard, que des opportunités, et les transformations actuelles des compagnies de téléphonie mobile permettront de faire le grand bond, en connectant les populations même éloignées, sans forcément qu’elles aient besoin d’aller dans une agence réelle.

                Le digital sera ainsi le levier qui va accélérer l’inclusion de nos économies, car si de votre salon vous pouvez ouvrir un compte et faire toutes les principales transactions (retraits, virements, paiements de fournisseurs d’électricité par exemple, etc.) vous voyez un réel changement dans vos habitudes de vie.

                Toutefois, ces transformations arrivent avec leurs réalités, dont d’importants risques de fraudes. Cela implique de bien structurer les choses, pour éviter que le changement qu’on désire, se transforme en cauchemar pour tous les acteurs.

                Il faut donc une bonne gouvernance et des contrôles robustes, et une éducation importante de la population, pour ne pas trop exposer les consommateurs à des déboires extrêmes.

                Selon vous, quels sont les leviers prioritaires qu’il faut améliorer en urgence pour accélérer cette inclusion et en faire un véritable moteur de développement ?

                  Déjà les infrastructures. On ne pourra pas réussir cette inclusion, si on n’a pas un réseau internet fiable ; pareil, si on a internet mais pas de courant pour recharger ses téléphones et faire ses transactions, c’est peine perdue. L’éducation financière parce que faire rentrer de nouveaux acteurs dans ce cercle, exige de bien leur expliquer les « pour » et les « alertes » à considérer.

                  La digitalisation des services, permettant aux utilisateurs de trouver un réel avantage à migrer vers la « banque virtuelle » ; c’est un appel à disposer de plus de développeurs par exemple, pour mettre en place les différentes applications indispensables pour cette révolution.

                  Des relations plus saines entre les établissements de finance, le monde des télécommunications et le régulateur, car ces 3 acteurs seront clés pour la réussite de cette inclusion. Chacun aura un rôle précis à jouer, et ces rôles sont complémentaires.

                  ” Nous réussirons (africains) quand au lieu de dire « pourquoi », nous dirons « pourquoi pas »

                  Qu’est-ce que cette immersion dans l’environnement congolais vous a permis de mieux comprendre ?

                    Avant de prendre la tête de la filiale du Congo, j’ai travaillé pratiquement une année pour COFINA GABON, et avant, j’étais DRH du Groupe COFINA avec des présences plus fortes en Afrique de l’ouest. 

                    J’ai énormément appris de cette diversité culturelle (en plus COFINA c’est plus de 1 500 salariés de plus de 20 nationalités).

                    Concrètement au Congo, j’ai appris 3 choses :

                    ➡️ L’humilité : le plus gros piège lorsque vous arrivez quelque part, c’est de vouloir procéder suivant vos certitudes. Il faut absolument prendre le temps de comprendre l’écosystème, vous construire un réseau fiable qui vous explique les codes, et passer du temps sur le terrain pour vous faire votre propre idée des choses ;

                    ➡️ La recherche permanente de solutions : la situation de la filiale à mon arrivée, était très difficile. On sortait à peine de la crise COVID et elle avait fait d’importants dégâts sur la couche vulnérable que sont les commerçants et les PMEs, cibles de COFINA. Il a fallu passer des nuits blanches et de longues heures de réflexion pour trouver progressivement des solutions à chaque problème, mais déjà, il fallait définir les plus critiques car on ne pouvait pas tout régler en même temps ;

                    ➡️ La force d’une équipe qui adhère à un projet : tout ce que j’ai pu réaliser d’exceptionnel au Congo (et il y a de nombreux exemples), je l’ai fait en m’appuyant sur une équipe locale très engagée. Nous avons bâti sur l’avenir, et recruté 80% de nos effectifs dans les universités sur place, puis mis en place une académie pour les former de manière théorique et pratique. 

                      Cela nous a pris le temps de bâtir une équipe et non pas juste un groupe de personnes, d’écrire nos process, et de mener une exécution de type militaire, qui a permis à la filiale d’être classée première du Groupe de 8 filiales, sur la base de 11 indicateurs financiers définis par la holding.

                      Et après presque 5 ans, c’est cette équipe qui occupe les fonctions les plus importantes au sein de la filiale. Ça confirme que tout est possible si on réussit à embarquer ses équipes, vers non pas seulement une destination, mais bien plus, un rêve. Cela suppose aussi de bien expliquer où on veut aller, d’être exemplaire, et de respecter la parole donnée.


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                      Un dernier mot à adresser à nos lecteurs ?

                      Je souhaite dire déjà merci à votre tribune qui met en lumière les réalisations des compatriotes. Je pense fermement que l’Afrique se développera quand les africains décideront de changer leur état d’esprit en prenant conscience de la richesse de notre continent (espaces vierges, sous-sol, jeunesse de la population, climat favorable, etc.). Nous réussirons quand au lieu de dire « pourquoi », nous dirons « pourquoi pas ».

                      Pour que ce changement d’état d’esprit soit effectif, il faudra permettre aux africains de rêver plus et plus grand, et à force de leur présenter de véritables réussites, ça portera ses fruits, telle est ma conviction profonde.

                      Il y aura forcément des difficultés sur le chemin, mais comme me disait ma défunte mère une semaine avant de nous quitter : « ne montre jamais à une difficulté qu’elle en est une, sinon elle se transforme en un obstacle ».

                      Tout est donc dans notre capacité à voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Chez COFINA, nous pensons que chaque difficulté est une opportunité à saisir ! D’ailleurs en Asie, on utilise le même mot pour évoquer les 2 situations, ceci peut expliquer leur réussite !

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