” Je croyais que la NASA c’était pour les autres. Je vis actuellement mon rêve ” Christelle Babette Tchonang

Elle a été recrutée par la NASA le jour de son anniversaire. Produit de l’université de Dschang, Christelle Babette Tchonang vit à fond son rêve américain. Ambitieuse, pieuse, disciplinée et persévérante, cette jeune camerounaise est devenue en l’espace de quelques jours, une véritable source d’inspiration pour les jeunes africains. Nous l’avons rencontrée !

Dans cet entretien, la jeune lionne nous explique comment elle a fait pour en arriver là, nous parle de ses challenges, de ses ambitions et de sa nouvelle vie au sein de cette prestigieuse agence spatiale américaine.  

Coup de projecteur sur cette femme spécialisée en océanographie physique, qui a rejoint le laboratoire Jet Propulsion de la Nasa pour étudier l’impact du Satellite révolutionnaire SWOT sur l’analyse et la prévision océanique


Vous venez de rejoindre le laboratoire Jet Propulsion de la Nasa pour étudier l’impact du Satellite révolutionnaire SWOT sur l’analyse et la prévision océanique. Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez appris la nouvelle ? Le début du rêve américain ?

Lorsque j’ai appris la nouvelle, j’étais très contente. J’ai pris du temps pour me convaincre que ce n’était pas un rêve. C’est le jour où j’ai arrêté mon visa entre les mains que j’ai réalisé qu’effectivement une nouvelle page de ma vie professionnelle venait de s’ouvrir. Au regard de mon parcours et de mes origines, il s’agit pour moi d’un exploit, de quelque chose d’inimaginable, c’est la raison pour laquelle jusqu’aujourd’hui, je rends vraiment grâce à Dieu. Je croyais que la NASA c’était pour les autres. Je vis mon rêve !

 

L’annonce de votre recrutement par le scientifique camerounais Stéphane Kenmoe largement repris ensuite par les médias locaux a monopolisé l’actualité sur les réseaux sociaux pendant plusieurs jours. Vous attendiez-vous à un tel écho ? Mieux, qu’est-ce que cet enthousiasme collectif autour de votre personne vous a inspiré ?

Je voudrais vraiment rendre hommage à Stéphane Kenmoe pour tout le travail qu’il effectue au quotidien pour donner de la visibilité aux scientifiques africains et le remercier pour son aide et son soutien.

je souhaite apporter une précision : JE NE SUIS PAS INFLUENCEUSE

Pour tout vous dire, je ne m’attendais pas à un tel écho. Mon époux et moi avons été très surpris par les différentes réactions des gens sur les réseaux sociaux. C’est allé assez rapidement et l’émotion était assez grande.

J’ai essayé de rester Focus parce que j’avais une semaine de travail assez chargée. Je me suis également offerte quelques moments de pause pour répondre aux nombreux messages de félicitations venant de ma famille, de mes amis ou de mes anciens camarades.

En m’intéressant de près à mon actualité sur les réseaux sociaux, un mot a retenu mon attention, celui d’influenceuse. Beaucoup de personnes disaient sur leurs publications ou en commentaires que : « voilà une vraie influenceuse ».

A ce sujet, je souhaite apporter une précision. JE NE SUIS PAS INFLUENCEUSE. Par contre, je constate que mon parcours peut inspirer beaucoup de jeunes. Vous savez, les jeunes sont aujourd’hui en quête de repères, en quête de personnes qui peuvent les aider à réaliser leurs rêves. Cela m’inspire à travailler, à continuer d’aller de l’avant et surtout à penser grand.  

 

Parlez-nous un peu des activités de ce laboratoire peu connu en Afrique Francophone …

Il s’agit d’un centre de recherche et de développement financé par le gouvernement fédéral et géré pour la NASA par CALTECH (California Institute of Technology).

Nasa Jet Propulsion Laboratory a contribué à couvrir l’ère spatiale en développant le premier satellite scientifique américain en orbite autour de la terre et envoyant des missions robotiques dans le système solaire. Moi je fais partie de la division science de la terre et plus particulièrement, de l’équipe science de l’océan.

Pouvez-vous nous décrire votre cursus professionnel avant de rejoindre la Nasa ?

J’ai une licence en physique de la matière condensée obtenue à l’Université de Dschang. Après ce diplôme, je me suis inscrite en première année de Master à l’université de Yaoundé I où j’ai fait des études en Physique Environnementale, option Atmosphère-Climat et télédétection. Après cela, j’ai voulu continuer en océanographie parce qu’il existe une grande similitude entre l’atmosphère et l’océan.

C’est ainsi que j’ai postulé pour une bourse d’études à Cotonou au Bénin pour faire ma deuxième année de Master en Océanographie physique et applications. L’année suivante, j’obtiens une autre bourse pour aller en Allemagne faire un Post-Master en Océanographie d’observation.

Après cette expérience, je me sentais assez confiante pour faire un Doctorat. Ainsi, j’ai postulé pour plusieurs postes de Doctorat. J’avais à la fin le choix entre l’Afrique du Sud, l’Allemagne ou la France.

J’ai choisi celui de la France parce que le thème portait sur le satellite SWOT, mue par ma volonté de travailler sur un projet dont on peut voir les fruits durant la thèse.

Après ce doctorat, j’ai occupé durant 4 mois, un poste au sein de Mercator Ocean International, leader européen en océanographie opérationnelle.

Votre histoire avec la Nasa est exceptionnelle puisque vous y avez été sélectionné le jour de votre anniversaire. Comment avez-vous fait pour en arriver là et quelles sont vos principales missions ?

Encore une fois, c’est une grâce. J’ai soutenu ma thèse de doctorat le 20 Juillet 2021. Les jours suivants, j’ai publié quelques articles scientifiques, puis j’ai contacté les personnes ayant corrigé mes articles (les Reviewers).


C’est ainsi que l’une des personnes contactées (un américain travaillant pour la NASA) m’a demandé de lui envoyer mon CV afin qu’il regarde si en interne il y’avait un poste disponible correspondant à mon profil.


Quelques jours plus tard, il m’a recontacté pour me dire qu’il y’avait un poste ouvert et que je devais postuler. J’ai donc postulé et j’ai été présélectionnée parmi plusieurs candidats.


Il fallait maintenant préparer l’interview technique et défendre mon travail devant les recruteurs du groupe. Par la grâce de Dieu tout s’est bien passé et j’ai été finalement retenue pour le poste parmi la centaine de candidats.


Mon rôle consiste à étudier l’impact du satellite SWOT (Surface Water Ocean Topography Mission) sur l’analyse et la prévision océanique mais cette fois, sur des échelles océaniques inférieures à 150 Km parce que c’est l’enjeu du moment.


 

Derrière ce qu’on peut désormais appeler votre réussite, se cache de nombreux sacrifices. Pouvez-vous partager avec nos lecteurs, les difficultés par lesquelles vous êtes passé pour en arriver là ?

Derrière toute réussite, il y’a toujours beaucoup de sacrifices. J’ai rencontré de nombreuses difficultés. Il y’a des moments de ma vie où c’était vraiment compliqué pour moi.


Compliqué de manger, difficile de se vêtir ou même d’aller à l’école. Je n’ai pas honte de dire aujourd’hui que j’ai fouillé la poubelle pour me vêtir. Je me levais à 5h et je partais fouiller la poubelle, j’essayais de regarder s’il y’avait dans la poubelle, des chaussures qui pouvaient me servir pour l’école.


J’ai fait tout cela parce que j’avais un rêve et ce qui m’a vraiment aidé, c’est ma foi. J’ai connu beaucoup de difficultés mais aucune ne m’a ébranlé parce que j’avais la foi et l’espérance en Jésus-Christ, mon chemin, mon espérance, ma vie.

Il parait que vous avez pris vos fonctions en début de ce mois de Février. Avez-vous réussi votre intégration au sein de cette prestigieuse agence spatiale américaine ?

Oui, j’ai commencé le travail précisément le 07 Février dernier. Par la grâce de Dieu, tout se passe très bien jusqu’ici. Je m’intègre bien malgré la paperasse…

Parlons d’autres choses à présent. Quels sont vos liens avec votre pays d’origine le Cameroun et quels souvenirs gardez-vous de vos passages respectifs à l’Université de Dschang, puis à l’Université de Yaoundé I ?

J’aime mon pays. Ceux qui me connaissent le savent. Je ne garde que de très bons souvenirs de mes passages à l’université de Dschang et à l’Université de Yaoundé I. J’y ai vécu de bons moments.


Des moments d’études et de galère aussi. Je me souviens qu’à l’époque à l’Université de Dschang, on avait parfois 50 francs dans la poche.

Ce qui nous laissait le choix entre aller au cours de physique à pied (et se taper le soleil, la sueur, …) en courant le risque de ne pas être concentré ou alors acheter les arachides ou encore prendre ta navette avec tes 50 francs et rentrer manger ton « petit riz sauté ».


J’ai également le souvenir des voisins exceptionnels que j’avais à l’Université de Dschang ou à l’université de Yaoundé I.

Je profite également de votre tribune pour dire merci à mon modèle, Pr. Sadem Kenfack Christian de l’université de Dschang. Il m’a guidé sans me juger et m’a beaucoup soutenu.

 

Vous êtes l’une des rares femmes camerounaises spécialisées en Océanographie physique. Concrètement, quelle est l’utilité de cette discipline pour la société et quelles solutions concrètes apporte-t-elle aux problèmes de changements climatiques ?

Notre planète est recouverte d’eau à deux tiers. Ce qui signifie que nous dépendons tous de l’océan. Que ce soit pour manger, pour se déplacer ou pour respirer.

L’océan a un impact direct sur nos vies, s’il se porte bien, on se portera mieux. Si nous voulons pallier aux problèmes de changements climatiques, nous devons prendre soin de nos océans.

L’océan joue le rôle de régulateur de températures. Il transporte les eaux chaudes vers les pôles pour réchauffer les pôles et il transporte les eaux froides vers l’équateur pour le refroidir

A l’échelle individuelle ou collective, quels sont les gestes à observer pour garder nos océans en bonne santé ?

A l’échelle individuelle, il faut :

  • Limiter l’utilisation des pesticides au niveau de l’agriculture parce que tout ce qu’on met sur la terre, se retrouve ensuite dans l’océan à cause des pluies. La pluie transporte tous ces déchets toxiques vers l’océan et cela affecte gravement le milieu marin ;
  • Limiter l’utilisation des plastiques non-recyclables parce que les plastiques utilisés se retrouvent dans l’océan par l’effet du vent ou des pluies et une fois qu’ils sont dans l’océan, ces plastiques sont consommés par les poissons, qui sont à leur tour consommés par des hommes. Le mal que l’on fait à l’océan nous revient après d’une manière ou d’une autre ;
  • Consommer des fruits de saison. On ne doit pas se retrouver au Cameroun entrain de consommer des mangues en Novembre ou en Décembre. Chaque fruit a sa saison et on doit respecter l’ordre naturel des choses. Nous ne devons pas agresser la nature.

A l’échelle collective, je demanderais aux entreprises de s’intéresser davantage à l’écologie parce que l’écologie, c’est le respect de la nature.

 

Quelles sont vos ambitions personnelles au sein de cette prestigieuse agence spatiale américaine ?

Comme je vous le disais plus haut, être ici à la NASA est pour moi une Grâce. C’est un rêve qui se concrétise. Mon ambition c’est de travailler, travailler et travailler !

J’ai envie de remplir les fonctions qui sont les miennes avec amour et compétences, j’ai envie de m’amuser, d’acquérir de nouvelles connaissances, de découvrir le monde et de profiter des savoirs de ces grands chercheurs qui m’entourent au quotidien.

Sur les plans personnel et professionnel, que peut-on vous souhaiter pour les dix prochaines années ?

Comme vous le savez, je suis chrétienne. Je souhaite donc que la grâce de Dieu continue de se manifester dans ma vie, qu’elle m’accompagne dans mes challenges, mes doutes, mes espérances. La grâce de Dieu est un package dans lequel on retrouve tout : santé, bonheur, épanouissement, énergie.

J’aime la science et l’océanographie parce que je considère que si notre océan se porte bien, notre planète se portera mieux. Souhaitez-moi beaucoup de travail et de Réussite dans mes projets professionnels.   

 

Vous êtes aujourd’hui considérée par de nombreux africains comme une source d’inspiration. Avez-vous ce sentiment d’être devenu une Role Model ? 

Je n’ai pas le sentiment d’être une Role Model parce que je suis encore au début d’un long chemin. Je viens de terminer ma thèse et j’ai encore de nombreuses choses à accomplir. Assumer un tel statut à la faveur de mon recrutement à la NASA me parait prétentieux.

 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes africains qui souhaitent s’inspirer de votre parcours pour sublimer leur destin ?

Aux jeunes, je dirais de rêver grand. Ne laissez pas vos difficultés actuelles, vos angoisses du moment définir votre futur. Tout ceci est temporaire. Rêvez Grand ! Etudiez !

Les gens vous diront que l’école ne rend pas riche. Croyez-moi, la question n’est pas là. La question n’est pas d’être milliardaire en argent mais c’est l’impact que l’on veut laisser sur la terre.

L’enfant qui vient de naitre entend parler d’Einstein. Depuis des années, on parle de ce scientifique. Je n’ai jamais vu l’immeuble d’Einstein, je n’ai pas vu un seul immeuble qu’il ait construit mais il a découvert quelque chose qui a changé la perception des gens sur la Physique et qui a apporté beaucoup de lumière dans la science.

Si vous avez un projet, foncez et ne vous découragez pas. Ne vous dites pas que je me décourage parce que je souffre beaucoup. Vous allez rencontrer des difficultés, ne vous donnez pas un prétexte d’abandon. Identifiez l’objectif de votre vie et marchez y, la tête haute.

 

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