Vidharshini Ferelloc : « Quand on est femme issue de la diversité, bâtir sa carrière n’est pas un long fleuve tranquille »

Elle revendique plus de 17 ans d’expérience dans la communication d’entreprise. Vidharshini Ferelloc a dû repousser ses limites pour se faire une place de choix dans cet univers. En 2003 – après des études de journalisme -, elle atterrit sur marché du travail, portée par la volonté de vivre de ce noble métier.

Très vite, ses ambitions se heurtent à une dure réalité : un marché saturé, où les places en CDI sont rares. N’ayant aucun carnet d’adresse dans le milieu, ses chances de décrocher un poste étaient minimes. Pour trouver sa place, il fallait essayer autre chose. Elle s’est donc reconvertie à un très jeune âge en communication d’entreprise.

Aujourd’hui, elle dirige le département Communication de la filiale d’une grande entreprise française. Quelles sont les étapes-clés de sa carrière et quelles sont les valeurs qui l’ont aidé à la construire ? Quelles qualités devrait-on développer pour devenir un excellent communicant ? La croissance de l’IA, opportunité ou menace pour les acteurs du secteur de la communication ? Vidharshini Ferelloc se confie sur Projecteur Magazine !

 

Bonjour Vidharshini. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

 

Je suis Vidharshini FERELLOC, 44 ans, Directrice Communication dans une grande entreprise française et coach carrière.

J’ai plus de 17 ans d’expérience dans la communication d’entreprise (communication RH, informatique, métiers spécialisés bancaires) et depuis 6 ans, j’accompagne en plus de mon métier de dircom, les femmes de la diversité à faire carrière en entreprise en tant que micro-entrepreneure.

Je suis née et j’ai grandi à l’île Maurice et je suis venue faire mes études supérieures en France il y a plus de 25 ans. Je suis mariée et j’ai deux enfants.

 

Pourquoi avez-vous choisi de faire carrière dans les métiers de la communication ? Un rêve d’enfance ?

 

J’ai toujours su que je souhaitais évoluer dans le monde de la communication. J’avais une certaine appétence pour ce domaine. Je suis de formation journalistique et le journalisme est aussi ma première et grande passion.

Quand j’ai atterri sur le marché du travail en 2003 après mes études de journalisme, je me suis confrontée à sa dure réalité : c’était un marché saturé, où les places en CDI étaient rares et n’ayant aucun carnet d’adresse dans le milieu, mes chances de décrocher un poste étaient minimes. Je me suis donc reconvertie à un très jeune âge en communication d’entreprise.

 

 

Quelles difficultés avez-vous rencontré sur votre parcours professionnel ? Comment avez-vous fait pour surmonter les différents obstacles ?

 

Quand on est femme, jeune et issue de la diversité, bâtir sa carrière n’est pas un long fleuve tranquille.

Il faut juste en être conscient et se donner les moyens pour réussir : avoir un socle de compétences opérationnelles en béton, nouer les bonnes relations avec les bonnes personnes tout au long de sa vie professionnelle, comprendre comment fonctionnent les gens en entreprise, leurs priorités, connaître ses propres objectifs et priorités, savoir se challenger et s’améliorer en permanence, savoir se retrousser les manches et beaucoup travailler.

 

J’ai fait le choix stratégique de m’orienter dans la communication pour l’informatique où le champ des possibles était ouvert.

 

Les mentalités ont beaucoup évolué en une décennie et continuent à évoluer et c’est une chance. Dans mon cas, quand j’avais 30 ans je me suis toujours dit que j’aurais beaucoup de mal à accéder à des postes de management car je voyais que mes collègues managers étaient beaucoup plus âgés que moi.

Mais, j’ai fait le choix stratégique de m’orienter dans la communication pour l’informatique où le champ des possibles était ouvert.

A 38 ans, je décrochais ainsi mon premier rôle de manager en faisant mes preuves et en montrant ce que je pouvais apporter au service.

Être manager n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. Il faut avoir les yeux rivés sur l’objectif collectif, y apporter sa pierre à l’édifice pour surmonter les obstacles.

Je pense qu’il ne faut surtout pas se laisser embourber dans ses croyances limitantes pour réussir sa carrière. J’étais consciente que rien ne serait facile mais je ne me suis pas non plus dit que tout le monde allait me torpiller parce que j’étais une jeune femme de couleur.

Il ne faut pas se tromper de débat. Souvent, les obstacles ne viennent pas des autres, mais de nous-mêmes, si nous n’avons pas confiance en nos propres capacités.

 

Quelles sont selon vous, les qualités à développer pour devenir un excellent communicant ?

 

Pour devenir un bon communicant, je pense avant tout qu’il faut aimer communiquer, aimer le contact mais surtout avoir une vision stratégique quant à l’image de marque d’une entreprise, comprendre ce qui la promeut et ce qui peut lui être fatal.

A l’ère du numérique, il faut aussi être curieux et ouvert aux nouveaux réseaux sociaux et savoir innover en fonction des révolutions qu’ils engendrent.

Puis, je dirais qu’il faut s’intéresser à tous les piliers de la communication : l’événementiel, l’éditorial, le Community management, les relations presse, la gestion de la communication de crise, le « personal branding », etc.

On peut bien entendu se spécialiser dans un ou plusieurs domaines. Mais si vous souhaitez travailler dans une petite entreprise, vous devrez savoir gérer toute sa communication de A à Z.

Dans de plus grandes entreprises, les équipes sont plus importantes et donc plus spécialisées. Je pense aussi qu’il faut beaucoup d’humilité et de capacité d’analyse quand on exerce ce métier car la bascule vers le pseudo communicant glamour est rapide.

C’est le communicant qui fait de la communication « maquillage » comme je l’appelle c’est-à-dire un survol sans intérêt des sujets et qui s’efforce à afficher une image qui n’est corroborée d’aucune réalité.

Le pseudo communicant se spécialise dans les « coups de com » qui ne dupent personne et qui sont plutôt néfastes pour la marque à moyen terme.

 

Prendre une décision responsable quand on choisit un poste, c’est d’accepter le « pack », à savoir assumer les bons et les mauvais jours, les bons et mauvais côtés du métier

 

Comment décririez-vous votre pire journée en tant que Directrice de communication de la filiale d’une multinationale ?

 

Je n’ai pas de mauvaises journées à proprement parler car c’est un métier et un poste que j’ai choisi. J’ai une vision globale de mon job.

Prendre une décision responsable quand on choisit un poste, c’est accepter le « pack », à savoir : assumer les bons et les mauvais jours, les bons et mauvais côtés du métier.

Mais je pense que pour tout communicant, les communications de crise sont des exercices particulièrement éprouvants.

Une communication opaque ou inexistante au moment d’une crise qui éclate peut détruire l’image d’une marque et l’entreprise peut se faire lyncher par l’opinion publique.

Donc, dans ces moments, la communication joue un rôle clé et la responsabilité qui pèse sur les épaules de la dircom est importante.

 

Comment voyez-vous votre métier dans 5 ou 10 ans ? Qu’est-ce qui pourrait changer ? La croissance de l’IA est-elle une opportunité ou une menace pour les acteurs du secteur de la communication ?

 

Je pense que dans 5 ou 10 ans, l’IA impactera beaucoup la rédaction et la création de contenus, ce qui reste un aspect important du métier du communicant rédacteur aujourd’hui.

 

Avant, un article de presse sur une personne ou une activité était gage de renom, aujourd’hui, vous pouvez accéder à la notoriété seul

 

Tout l’enjeu consistera à voir comment les communicants les intègreront dans leurs métiers pour en tirer le meilleur.

N’oublions pas qu’internet a déjà pas mal révolutionné les métiers de la communication (et beaucoup d’autres : le tourisme, les commerces de proximité, le courrier, etc.).

Les sacro-saintes relations presse d’antan ne sont plus ce qu’elles étaient, tout simplement parce que la presse papier a énormément perdu de sa suprématie avec l’émergence des réseaux sociaux.

Avant, un article de presse sur une personne ou une activité était gage de renom, aujourd’hui, vous pouvez accéder à la notoriété seul, en devenant Youtubeur grâce à des vidéos tournées avec votre smart phone.

La création de contenu est à la portée de tous. Quand j’étais étudiante, nous étudions les journaux papiers. Aujourd’hui, presque tous les journaux ou magazines ont une version numérique car les usages ont profondément changé.

Pour moi, l’IA est une véritable opportunité. Il s’agit de s’y intéresser suffisamment tôt pour pouvoir s’adapter et en faire une force.

 

Y-a-t-il une activité qui vous détend particulièrement et vous permet de recharger les batteries ?

 

Depuis 4 ans, je marche au minimum une heure tous les jours au bord de l’eau. Je ne suis pas une grande sportive, mais c’est une activité qui me permet de rester en bonne santé physique et mentale.

Je suis un peu une boulimique du travail. Donc, je me discipline à pratiquer cette heure de marche tous les jours et à heure fixe. C’est mon moment de détente et de respiration de la journée.

Grâce à la marche, je déstresse de ma journée de travail et je peux penser à des choses plus structurantes pour mon avenir.

Pratiquer un sport doux au grand air est un formidable échappatoire pour l’esprit et c’est vital pour rester productif et se sentir bien dans sa peau.

 

 

Un dernier mot aux jeunes qui souhaitent suivre vos traces ?

 

Je pense qu’il faut se donner les moyens de réussir. Investir sur soi est le prérequis. Que ce soit en matière de formation ou de coaching, pour développer ses compétences et changer de schéma de pensée et ce, peu importe le domaine dans lequel vous voulez vous lancer.

Tout s’apprend. Même la confiance en soi se bâtit, au fil des actions concrètes que vous allez poser. L’enfant qui ne monte pas sur un vélo la toute première fois, tétanisé par la peur de tomber, ne saura jamais faire du vélo dans sa vie.

L’échec est une étape normale de l’apprentissage. Donc lancez-vous !

 

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