« GabiExpress permet à la diaspora de substituer le transfert d’argent par l’achat de biens et services » : Gabin Tsafack

A 30 ans, ce jeune camerounais a tout d’un entrepreneur prometteur. Son entreprise est née d’un constat désastreux : les fonds confiés aux proches par la diaspora (sur la base des liens de famille ou d’amitié) pour l’achat de biens et services, sont très souvent détournés ou utilisés à de mauvaises fins. Avec GabiExpress, Gabin Tsafack souhaite se positionner comme le tiers de confiance permettant à la diaspora de substituer le transfert d’argent, par l’achat de biens et services. Nous l’avons rencontré !

Dans cet entretien, Gabin Tsafack (nommé en Juillet 2020 prodige de la République française à cause de son parcours atypique) nous donne tous les détails sur son projet, nous dévoile ses ambitions et parle de ses challenges et ses espoirs.

 

 

Bonjour Gabin Tsafack. Que doit-on savoir sur vous et sur votre parcours?

 

Merci projecteur magazine pour tout l’intérêt porté sur ma modeste personne. Je suis un jeune entrepreneur camerounais de 28 ans, ingénieur de conception et développement d’applications. Aujourd’hui Co-fondateur de GabiExpress

 

Le 10 juillet 2020 (jour de vos 27 ans), vous avez été nommé “prodige de la République” par la région des Hauts-de-France pour votre parcours, mais aussi pour la création de votre entreprise : GabiExpress. Que représente ce prix pour vous ?

 

ce prix est une reconnaissance honorifique de la République française qui vise à valoriser les talents et les parcours. Pour ce qui me concerne, ils reconnaissaient mon parcours qu’ils disent atypique et la création de la solution GabiExpress

 

Parlez-nous un peu de votre entreprise GabiExpress ?

 

GabiExpress est une solution 3 en 1. C’est une solution Fintech, c’est une innovation sociale mais aussi une solution de E-commerce non classique. GabiExpress vient répondre à la problématique de transfert de Fonds.

D’après le FMI, 71 Milliards d’Euros représentent la somme d’argent que la diaspora africaine envoie en Afrique chaque année. Cet argent est censé faire vivre 25 % de la population africaine. La part du Cameroun est d’à peu près 1,2 Milliards d’Euros.

Nous parlons de pratiquement 5 Millions de camerounais qui envoient de l’argent au pays chaque année pour faire vivre 35% de la population camerounaise (1.250.000 Ménages, 8.500. 000 camerounais qui se logent, se vêtissent et scolarisent leurs enfants grâce à l’argent envoyé par la diaspora).

Seulement, cet argent va le plus souvent à la mauvaise adresse et sert à de mauvaises fins. Je m’explique: Je réside en France et j’envoie de l’argent à ma mère pour acheter de la nourriture, le neveu qui va retirer les fonds, ira plutôt gaspiller au Cinéma ou en Boite de Nuit.

Pareil pour la maison, vous envoyez de l’argent pour la construction de votre maison, 15 années plus tard vous revenez et même une brique, vous ne trouvez pas sur votre terrain.

Partant donc de ce constat, nous avons décidé de créer GabiExpress qui se positionne comme le tiers de confiance permettant à la diaspora de substituer le transfert d’argent par l’achat de biens et services.

Désormais, je n’envoie plus de l’argent à ma mère, je m’en vais sur GabiExpress.com, j’ai accès aux supermarchés qui se trouvent à proximité de chez elle et je vais directement faire ses achats à partir de mon fauteuil. Ma mère n’aura plus qu’à se rendre au supermarché pour retirer son colis ou alors, elle sera livré à domicile par les équipes de GabiExpress.

Ainsi, nous éliminons les intermédiaires et permettons d’une part à la diaspora de savoir exactement comment leur argent est utilisé et d’autre part, on protège ceux qui sont sur le territoire en les prenant directement en charge.

 

gabiexpress-service-de-livraison-des-biens-et-services

 

Quel a été le moteur pour lancer GabiExpress et comment l’idée de cette start-up vous est-elle tenue ?

 

Je crois simplement que c’est l’envie de faire quelque chose. C’est l’envie de pouvoir démontrer qu’avec les capacités et la formation qu’on a pu acquérir, on peut apporter des solutions pertinentes à une problématique comme celle-là.  Le déclic vient d’une dame qui a envoyé de l’argent pendant 15 ans à ses proches pour construire sa maison et lorsqu’elle est revenue, même une brique, elle n’a pas trouvé sur son terrain.

Pour moi, c’était quelque chose d’inacceptable. Il était temps d’apporter des solutions concrètes et réelles à cette problématique. Comme je vous l’expliquais, dorénavant, cette dame n’aura plus besoin d’envoyer de l’argent à ses frères pour construire sa maison.

Ce qu’elle fera, c’est qu’elle aura accès à tous les matériaux de construction dont elle aura besoin sur la plateforme GabiExpress depuis Shanghai, Pékin, Ottawa, à partir de son smartphone sa tablètte ou son PC, elle pourra acheter son matériel de construction et nous irons livrer en moins de 48 Heures. Nous avons d’ailleurs à ce sujet, des partenaires de construction de maison de A à Z. Donc elle n’aura plus besoin de passer par un tiers, nous sommes le tiers de confiance.

Lire aussi : carine-kangou-baroan-architecte-et-creatrice-de-la-marque-pour-enfants-sunwax/

 

Avec votre idée de remplacer l’envoi d’argent par l’achat de biens directement chez les commerçants africains sur place, n’avez-vous pas peur de renforcer le sentiment de méfiance déjà élevé entre les africains qui reçoivent régulièrement l’argent de l’Extérieur et la diaspora ?

 

Votre question me fait penser à la camerounaise Flora Kamnga qui fait le buzz actuellement sur les réseaux sociaux parce qu’elle soutient qu’il ne faut plus envoyer de l’argent en Afrique parce que ça rend des gens fainéants. Nous voulons accompagner la diaspora.

Vous savez, c’est une petite pincée de la population et des familles qui prennent l’argent de leurs proches et détournent. Cependant, le souci c’est de permettre d’une part à la diaspora, d’avoir un regard, un suivi et une sécurité des fonds investis, avec de moins en moins de frais de commission mais surtout, accompagner les populations sur place. 

 

service-de-livraison-gabiexpress

 

Vous êtes au Cameroun depuis quelques semaines. Quelle est la réaction du marché local relativement à l’ensemble des services que vous fournissez ?

 

Le marché local doit être éduqué. Vous savez, c’est une nouvelle solution et plusieurs de nos partenaires ne comprennent pas encore ce que nous apportons. Il est de notre devoir de les éduquer, de les amener à comprendre que nous sommes à l’ère du numérique et que nous devons suivre la cadence du digital.

Il y’en a toutefois qui comprennent (j’ai signé mon premier contrat en moins de cinq minutes dans la ville de Douala). Tout ceci pour vous dire qu’il y’en a qui suivent et d’autres que nous devons encore convaincre.

 

Quels sont les éléments factuels qui vous permettent de penser que votre entreprise pourra tenir sur la durée ? À quelles difficultés faites-vous face ?

 

Nous faisons face à des difficultés de compréhension de notre solution par les populations. Comme je l’ai dit précédemment, nous devons les éduquer.

Parmi les éléments factuels, je vous parlerais de nos concurrents, qui travaillent sur cette problématique depuis des années et qui s’en sortent financièrement. Mais si le problème persiste,  c’est parce qu’il y’a encore de l’espace. Notre solution vient surtout corriger les erreurs de nos concurrents. S’ils ont pu le faire, nous espérons le faire encore mieux. 

 

gabin-tsafack-promoteur-de-la-plateforme-gabiexpress-

 

Que mettez-vous en place pour faire connaître votre plateforme ?

 

Nous avons deux stratégies de communication. Nos clients sont dans la diaspora, donc nous communiquons à l’Etranger et nous communiquons sur place car, c’est après tout pour la population locale que l’argent est envoyé ou que les biens et services sont achetés sur la plateforme GabiExpress.com.

Lire aussi : mamagni-foods-conquiert-le-secteur-de-lagroalimentaire-et-amorce-un-pas-de-geant-dans-le-made-in-cameroon/

 

Quels sont vos défis pour le futur et où voyez-vous votre entreprise dans 10 ans? caressez-vous toujours le rêve de devenir le prochain « Jack Ma » ?

 

Nous avons crée GabiExpress et nous souhaitons en créer d’autres. Dans 10 ans, nous voyons GabiExpress dans plusieurs pays africains et espérons que GabiExpress apportera la solution aux problématiques que nous avons définis plus-haut.

Jack Ma est pour moi, un Role Model. C’est un leader, sur qui je m’inspire pour trouver les voies et moyens de me surpasser et de repousser mes limites au jour le jour.

Lire aussi : digifood-permet-davoir-une-vue-360-degres-des-restaurants-de-la-ville-de-douala-sophie-ngnamgnouet/

 

A seulement 17 ans, vous avez eu l’audace de créer votre première entreprise de leasing de motos pour les taxis au Cameroun. Quels conseils donneriez-vous aujourd’hui à l’entrepreneur que vous étiez à 17 ans ?

 

A 17 ans, j’étais déjà assez consciencieux et objectif. Aujourd’hui, je lui dirais d’être humble et résilient. Vous savez, à 17 ans lorsqu’on est entrepreneur, on se croit au-dessus de tout le monde parce qu’on emploie ses grand-frères, etc. Il faut rester humble. 

 

Quels conseils pourriez-vous donner aux personnes qui souhaitent se lancer dans l’aventure entrepreneuriale ?

 

« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront ». René Char

 

[author] [author_image timthumb=’on’]https://media.licdn.com/dms/image/C4E03AQHf-clUjVZJhw/profile-displayphoto-shrink_800_800/0/1652273381396?e=1691625600&v=beta&t=jDbbGEsOzQqrC6DiNL4-fBnIcIF5_6BgZUI3JD4SK4M[/author_image] [author_info]Propos recueillis par Fabrice Tientcheu, Storyteller en herbe & Promoteur du webzine Projecteur Magazine. Depuis près de 05 ans, Fabrice Tientcheu raconte l’histoire des personnes et des marques qui performent dans leur secteur d’activité ! Pour une éventuelle collaboration, n’hésitez pas à m’écrire sur LinkedIn. Je réponds toujours 😎 [/author_info] [/author]

Partager l’article

Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Share on whatsapp